ALLAH

ALLAH

Présentation

ADTV

Recherche

Lecteur Audio

Recommander

Syndication

  • Flux RSS des articles

HISTOIRE

Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 16:04

L'EXPÉDITION D’OSMANE-BEY (Le Borgne) CONTRE
BOU-DALI-BEL-AHRÈCHE, A EL-MILIA 

 

 


Par : Ernest MERCIER (Extrait)   

 [...] Après  l’attaque de Constantine par  Boudali et les Kabyles des Beni-Fergen et des Beni-Amrane, la nouvelles produit une grande émotion à Alger[…], Osmane-bey reçut l’ordre d’agir avec la plus grande vigueur et, dans le courant du mois d’août 1804, il se mit en marche à la tête de 4,000 fantassins turcs et Zouaoua, avec 4 pièces de canon et 3,500 cavaliers auxiliaires. La colonne atteignit sans encombre El-Milïa et procéda à quelques exécutions chez les Oulad-Aïdoun. Ce fut alors qu’un marabout des Béni-Sebih, nommé Ben-Bagherich , vint se présenter au camp du dey, et affirma qu’il avait, par son influence, pacifié toute la contrée; des députations des tribus de la région le suivaient et confirmèrent ses dires. Osmane leur pardonna généreusement, surtout après avoir reçu d’elles la promesse que le Chérif lui serait livré.  

Mais les jours s’écoulaient dans l’inaction et, comme le bey perdait patience, le marabout lui annonça que Bou-Dali était aux Mechate et que les indigènes n’osaient mettre la main sur lui. D’après son conseil, le bey se décide à y envoyer un corps de troupes, avec l’aga. C’est
Ben Bagherich qui servira de guide. Et alors l’armée s’enfonce dans des ravins qui deviennent de plus en plus abrupts et sauvages, où elle s’égrène et se disloque. Tout à coup, on apprend, par un groupe de gens des Oulad-Athia, que le Chérif a été transporté plus loin! On s’arrête, le désordre est à son comble; à ce moment, toutes les pentes se couvrent de feux de mousqueterie.

 

  Chaque touffe de broussailles, chaque pierre cache un ennemi tirant à coup sûr. Les Turcs, affolés, sont frappés par des adversaires invisibles, et roulent au fond du torrent. Ben-Bagherich avait été atteint l’un des premiers, soit qu’il eût été lui-même victime de la fourberie des Kabyles, soit par le fait d’une erreur. Malgré leur affreuse position, les Turcs survivants résistèrent encore durant quatre jours; enfin, le bey put être prévenu.  

Aussitôt, laissant ses bagages à El-Milia, Osmane-bey se mit en route afin de porter secours à ses gens. En raison de la difficulté du terrain, il avait divisé ses forces en trois corps. Parvenu chez
les Beni-Habibi, il dispersa, au moyen du canon, les gens qui bloquaient l’ag’a et parvint à le dégager ainsi que les quelques survivants restés avec lui. Cela fait, le bey ordonna la retraite; mais il rencontra les contingents des tribus,précédemment soumises, qui lui barrèrent le passage et l’amenèrent ainsi à la fatale résolution de s’élancer dans une gorge profonde et encaissée qui porte le nom de Kheneg, près du col qui met en communication le pays des Beni-Fergane avec celui des Beni-Belaïd.  

C’était là que les Kabyles l’attendaient en grand nombre; à peine y était-il engagé que, de toute part, crépita la fusillade, tandis que les gens sans armes faisaient rouler sur lui et les siens des quartiers de roches. La grande fondrière du ravin est bientôt remplie de cadavres et de mourants. En vain Osmane-bey se multiplie pour sauver la situation. Son cheval, atteint d’une balle, roule avec lui dans le bourbier.

Dés lors, le combat n’est plus qu’un véritable massacre où chaque soldat est déchiré par dix forcenés, hommes et femmes.
On dit que le marabout Zebbouchi, présent à l’action, se jeta lui-même sur le bey, l’acheva de sa propre main et lui fit couper la tête qu’il envoya au chérif Bel-Ahréche chez les Beni-Fergane.  

Presque toute l’armée périt dans celte malheureuse campagne, car le camp d’El-Milla avait été attaqué en même temps, de sorte qu’il ne rentra à Constantine que des fuyards isolés, semant partout la terreur et la consternation.
Si les marabouts avaient su profiter de l’effet produit par ce désastre, ils se seraient probablement emparés de Constantine. Bou-Dali préféra continuer à torturer de ses propres mains ses captifs chrétiens de La Calle(1).  

(1)Féraud, Hist. de Djidjeli (Soc. Arch., 1870, p. 186 et suiv.).  

Source : HISTOIRE DE L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE (BERBÉRIE)- PAR   Ernes...

Par Nabil Mérimèche - Publié dans : HISTOIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 15:59

El Milia / Il y a 138 ans la révolte des Ouled Aïdoun

Bien avant le déclenchement de la guerre de libération nationale, à laquelle d’ailleurs a pris activement part toute la région d’El Milia, un mouvement de révolte avait été lancé dans cette même région contre l’occupant par les Ouled Aïdoun en 1871. Ouled Aïdoun fut l’une des principales tribus du nord constantinois, tirant ses origines des Bani Hilel, qui se sont établis dans le Maghreb arabe au XIe siècle. Les Ouled Aïdoun, qui ont élu domicile sur la rive droite de l’Oued El Kébir, se divisent en deux grandes communautés : les Ouled Kassem et les Ouled Debbeb. C’est entre les deux que l’occupant français établit la tour d’El Milia entre 1858 et 1861, avant que celle-ci ne devînt le siège d’une commune mixte en 1880, dont les frontières s’étendaient de Grarem à la côte de Oued Z’hor. Durant cette période, l’occupant français avait fait subir à la région plusieurs assauts militaires dans le but évident d’exploiter ses richesses et de la soumettre.

 

Quatre assauts furent menés par les généraux français sur cette région en 1850, 1851, 1852 et 1858. Pour faire face à cette politique de la terre brûlée et aux massacres collectifs, les Ouled Aïdoun n’ont pas hésité à se soulever un certain mardi 14 février 1871. La première phase de cette insurrection avait duré jusqu’au 6 mars 1871, et la deuxième du 14 mars au début de 1872. La dégradation des conditions de vie, la famine et la propagation des épidémies durant la période 1860-1870, ainsi que la soumission de la population aux impôts, l’exploitation de ses récoltes et du liège des forêts, en plus de la construction de la tour militaire au sein même des terres de la tribu, furent autant de facteurs ayant été à l’origine du soulèvement des Ouled Aïdoun. Selon des récits, la rébellion des S’baïhia à Souk Ahras, la défaite militaire de la France devant l’Allemagne en 1870, la capitulation de Bonaparte et l’activisme de la « Tarika Rahmania », laquelle avait appelé à la lutte contre le colonialisme, sont également des facteurs ayant contribué à la révolte.

Les opérations avaient été menées, dans un premier temps, d’une manière collective avant qu’elles ne fussent confiées à un certain Mohamed Ben Fiala. L’occupant eut à subir des pertes considérables quand notamment le camp de ses soldats de réserve fut détruit, et la tour militaire assiégée durant plus d’une semaine. Les forces d’occupation mobilisèrent alors quelque 10 000 soldats pour tenter de mater ce soulèvement, lequel fut intégré à la révolte d’El Mokrani et à celle du cheikh El Haddad, et ce jusqu’à la fin de 1871. En représailles contre la population, l’occupant avait soumis celle-ci à des impôts supplémentaires, confisqué des terres et réprimé des personnes en les faisant arrêter et déporter.


Par Rami Z...

 

Par Nabil Mérimèche - Publié dans : HISTOIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 15:24
Par Nabil Mérimèche - Publié dans : HISTOIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 15:08

La wilaya de Jijel célèbre ce 9 novembre 2007, le 47ème anniversaire de la mort du Commandant Rouibah Hocine et de ses compagnons d'armes, tombés au champ d'honneur a Ain Lebna, un 9 novembre 1960. Biographie d'un héros, afin que nul n'oublie ceux qui ont payé un lourd tribu pour l'indépendance de l'Algérie. Le Martyr, commandant Hocine Rouibah naquit le 22 juin 1922 à Jijel ou il a reçu son enseignement dans une des écoles de la ville qu'il quitta avec le niveau de la terminale.  Issu d'une famille de commerçants, dés qu'il eut atteint sa majorité il travailla au magasin de son père.

 

Depuis son jeune âge, il avait des tendances politiques qu'il concrétisa en adhérant au parti du peuple Algérien (PPA) en 1943, très vite il accéda au poste de responsable de la cellule de Jijel Le 14 mai 1945, le jeune Hocine Rouibah fut arrêté par les autorités coloniales et incarcéré a la caserne militaire de Jijel pendant trois mois environ, il fut transféré par la suite au camp de concentration du plateau de Mansourah a Constantine et, aussitôt libéré au mois d'août de la même année, il poursuivit son métier de commerçant avec son frère. Vers la fin de l'année 1945 et le début de 1946, il rejoint les rangs du parti du MTLD (Mouvement du Triomphe des Libertés Démocratiques) aux côtés du militant Mohamed Belouizdad qui était en visite a Jijel dans le cadre de l'organisation du parti. En 1947, l’organisation secrète militaire (O.S.) a été créée par Mohamed Belouizdad que Hocine ROUIBAH rejoindra juste après. En 1948, étant sous surveillance policière, il fut arrêté et libéré en septembre de cette Année, et il continua sans relâche son activité politique et cela jusqu'en 1950 lorsqu'il tomba aux mains des autorités françaises à Jijel et fut emprisonné à Annaba pendant trois mois. Vers la fin de l'année 1945 et le début de 1946, il rejoint les rangs du parti du MTLD (Mouvement du Triomphe des Libertés Démocratiques) aux côtés du militant Mohamed Belouizdad qui était en visite a Jijel dans le cadre de l'organisation du parti. En 1947, l’organisation secrète militaire (O.S.) a été créée par Mohamed Belouizdad que Hocine ROUIBAH rejoindra juste après. En 1948, étant sous surveillance policière, il fut arrêté et libéré en septembre de cette Année, et il continua sans relâche son activité politique et cela jusqu'en 1950 lorsqu'il tomba aux mains des autorités françaises a Jijel et fut emprisonné à Annaba pendant trois mois.  Revenu à sa ville natale, il devint responsable de la Kasma qui s'étendait jusqu'a El-Aouana et jusqu'au Douar des Beni-Belaid (commune d'El-Anser, Daïra d'El-Milia.) Le 04 novembre 1954, il fut arrêté encore une fois par les autorités coloniales et fut libéré mais ne resta pas longtemps et fut arrêté une nouvelle fois le 22 décembre 1954 et incarcéré a la prison d'El-Koudia de Constantine pour un mois, il fut ensuite transféré a la prison Barberousse. Par la suite, il fut transféré de nouveau a la prison de Constantine et condamné a un an et un jour de prison ferme et a payer une amende d'environ cinq milles francs. Sorti de prison en décembre 1955, il rejoignit les Moudjahidin et vu les relations militantes qui le liaient a Abane Ramdane, ce dernier envoyait une lettre à Zighout Youcef lui recommandant de veiller sur Hocine Rouibah considéré comme l'un des cadres militants les plus connus.  Le Moudjahid Hocine Rouibah a accédé à des postes de responsabilité; responsable de région en premier lieu. Au début de 1956, il contacta Zighout Youcef qui le nomma adjoint politique au sein de l'Etat-major de la région commandé a cette époque par le Moudjahid Abdellah Ben Tobal et cela jusqu'a la tenue du congres de la SOUMMAM lorsqu'il devint membre a part entière de l'Etat-major de la région et il accéda par la suite au grade de commandant commissaire politique de la wilaya. La Commandant Hocine Rouibah se distinguait de ses compagnons de lutte par ses qualités morales et son abnégation; ne s'étant jamais marié, il disait toujours qu'il a épousé la politique en réponse aux propositions de mariage. En conclusion, le Commandant Hocine Rouibah a joué des rôles très importants et cela jusqu'au dernier moment de sa vie. Il tomba au champ d'honneur le 09 novembre 1960 à Ain Lebna après avoir livré un combat acharné aux armées françaises qui cernaient la région en usant de leurs moyens les plus destructeurs. Gloire aux Martyrs de la Révolution.

Source documentation Wilaya.

Par Nabil Mérimèche - Publié dans : HISTOIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 15:03

La Révolte des Ouled-Aïdoun (El Milia).

 

Extrait du Livre "L’INSURRECTION DE 1871 EN ALGÉRIE"
Par: LOUIS RINN

[...]Il y avait eu, en effet, le 14 février 1871, à vingt lieues en aval de Constantine, une prise d’armes plus dangereuse que celle de Souq-Ahras, en ce sens que, cette fois, c’était une tribu entière qui s’était soulevée et était venue bloquer
un fort français. A cette nouvelle, le général Lallemand avait quitté Alger et était arrivé à Constantine pour se rendre mieux compte de la situation.

"..A vrai dire, il n’y avait eu ni mot d’ordre d’un chef politique ou religieux, ni revendication sociale, ni protestation contre un acte quelconque de l’autorité locale : l’explosion avait eu lieu subitement, sans cause connue; et c’était cet inconnu qui inquiétait le plus..."

[...] notre action directe sur ces tribus ne s’exerçait que depuis 1860, année où on avait construit
le bordj d’El-Milia afin d’y installer un bureau arabe annexe chargé de surveiller les tribus des Ouled-Aïdoun, Mchate, Beni-Tlilène, Beni-Khetab et O. Aouat.


FÉVRIER 13. — Le "Complot" des Ouled-Aïdoun.


En 1864, les tribus de l’annexe d’El-Milia, situées sur la rive gauche de l’Oued-el-Kébir, avaient pris part à l’insurrection du Babor, et leur répression avait été facilitée par le concours très franc que nous avaient prêté les Ouled-Aïdoun, qui, placés sous le canon du bordj, et administrés directement par le chef du bureau arabe, sans l’intermédiaire de caïd, appréciaient la paix et la sécurité dont ils jouissaient.

Synthèse: Hocine

 

Ces OuledAïdoun(1), restés indépendants sous les Turcs, avaient d’ailleurs une réputation
d’énergie et de décision qui nous avait rendu leur concours très utile.


Ils étaient nos amis ; aussi, quand le bruit courut avec persistance dans le pays que nous n’avions plus ni armée ni gouvernement, et que nous allions évacuer l’Algérie, les Ouled-Aïdoun furent l’objet des
railleries des autres tribus.

Le soff dont ils faisaient partie avant notre installation à El-Milia refusa de les admettre ; des menaces de représailles leur furent faites ; on leur reprochait de n’être plus des musulmans et on les engageait ironiquement à aller demander la protection des
juifs et des merkantis que les Français avaient déguisés en soldats(
2).


Les Ouled-Aïdoun s’émurent, et, après en avoir longuement délibéré, après s’être convaincus que nous étions impuissants à les protéger, ils déclarèrent aux représentants des soffs rivaux ou ennemis que, pour montrer qu’ils étaient toujours de vrais musulmans, ils se chargeaient, à eux seuls, d’écraser « les quelques moucherons oubliés à El-Milia par
les Français
(3) ».

Le 13 février au soir, il fut décidé que cent individus des fractions O. Hanech, Ouled-Arbi et O. Bouzid (tous des O. Aïdoun), cacheraient leurs fusils dans la broussaille, près le marché situé à 1,200 mètres du
bordj, qu’ils pilleraient les boutiques des marchands, qu’ils tueraient tous les Français isolés, et que le reste de la tribu, profitant du moment où le tumulte aurait attiré le chef d’annexe et les spahis sur le marché,
se jetterait sur le hameau, sur le bordj et sur le camp.


Soit qu’ils n’aient rien su, ce qu’il est bien diffi cile d’admettre, soit plutôt que, partageant la conviction générale de notre impuissance, ils n’aient rien voulu dire, toujours est-il que les chefs et agents indigènes
du pays n’avaient donné aucune indication sur ce qui se tramait contre nous.

Le capitaine Sergent, chef d’annexe, n’eut connaissance du complot que le 14 au matin, par un paysan des Ouled-Aïdoun n’ayant aucune attache administrative.
----------
1. Les Ouled-Aidoun forment officiellement deux sections communales ou douars-
communes : les Ouled-Debbab (2,000 habitants) ; les Ouled-Kacem (3,000 habitants).
2. Il n’y avait plus que des mobiles en garnison à El-Milia.
3. L’auteur, qui jadis a été chef de l’annexe d’El-Milia, a eu, en dehors des documents
offi ciels, des renseignements très précis par son ancien collègue et ami M. Sergent.
----------

Les quatre ou cinq Européens de la localité furent aussitôt invités à ne pas se rendre au marché. Les soixante mobilisés des Bouches-du-Rhône, qui composaient toute la garnison sous les ordres du lieutenant Villard ; furent consignés au camp et reçurent des cartouches.

Leur chef, avec une douzaine d’hommes, fut posté sur le mamelon Ben-Youcef, un second détachement fut envoyé sur le mamelon Caire, et un troisième
dans la direction du marché, derrière les haies des jardins, de façon à couvrir le groupe de maisonnettes et de gourbis constituant le hameau au pied du
bordj.


Au centre des habitations, au carrefour des deux uniques rues, une réserve reliait les détachements avec le reste de la troupe disposée autour du bordj.

FÉVRIER 14. — * Attaque d’El-Milia.

Vers neuf heures, les indigènes, voyant que nous
étions sur nos gardes et que ni mobiles ni civils n’allaient sur le marché, pillèrent quelques boutiques en poussant de grands cris et se portèrent, en tirant des coups de fusil, contre les mamelons Ben-Youcef et Caire, où les mobiles étaient retranchés dans les constructions les couronnant.

A ce moment seulement apparurent les trois caïds(
1) et les autres agents, qui, ordinairement, les jours de marché, arrivaient de bonne heure au bordj. Ils dirent que la pluie les avait empêchés de venir plus tôt,
excuse qu’on fit semblant d’accepter, mais à laquelle le chef d’annexe ne crut pas.
La vérité était que ces agents, tous aussi paysans et aussi crédules que leurs administrés, avaient eu peur de se compromettre vis-à-vis de leurs coreligionnaires, et avaient attendu pour se prononcer. La surprise projetée ayant avorté, ils venaient offrir leur concours.

La pluie tombait par intervalles, l’Oued-el-Kébir grossissait et déjà, les communications étaient impossibles avec la rive gauche. Les renseignements donnés par les agents indigènes permettaient de penser que seuls les Ouled-Aïdoun étaient en révolte ; le capitaine Sergent fit le tour dû bordj et s’assura qu’aucune bande armée n’était à proximité.


----------
1. -Le caïdat des Ouled-Aouat comprenait quatre tribus, aujourd’hui section de commune :
Les Ouled-Aouat (3,600 habitants) ; les Mcha te (2,460 h.) ; les Djebala (officiellement Ouled-Boulfaa) (1,7500 h.) ; les
Taïlmane (500 h.).
-Le caïdat des Beni-Tlilène comprenait cinq tribus et des Azels : Beni-Tlilène (3,700 habitants) ; Achech
(officiellement Boucherf) (1,140 h.) ; O. Mbarek (900 h.) ;
Beni-Sbihi (600 h.) ; Beni-Caïd (officiellement El-Akbia) (900 h.) ; Azel des Beni-Haroun (2,800 h.).

-Le caïdat des Beni-Khetab-Cheraga quatre tribus, ayant formé sept sections :
1° Beni-Khetab, comprenant : Ouled-Yahia (2,1.40 habitants) ; Ouled-Rabah (2,150 h.) ; Yamidène (1719 h.) ;
2° Beni-Ftah (1,150 h.) ;
3° Beni-Aïcha, comprenant El-Mcid (730 h.) ; Temandjar (1,050 h.) ;
4° Ouled-Ali (officiellement Oued-Addar) (1,450 h.)
----------

Tout se bornait aux coups de feu dirigés de loin contre les maisons Ben-Youcef et Caire par des individus embusqués dans les oliviers et derrière des rochers. Il était inutile de continuer contre eux une fusillade qui ne pouvait guère avoir d’autre effet que de donner au désordre des proportions qu’il n’avait pas, car les indigènes se grisent et s’affolent à l’odeur et au bruit de la poudre.

Le capitaine Sergent fit sonner « cessez le feu ». Cette sonnerie fut mal comprise par les mobiles des mamelons Ben-Youcef et Caire. Ils battirent en retraite sur le carrefour du hameau, et les insurgés, occupant tout de suite les positions abandonnées, dirigèrent leur feu contre le hameau.

Le capitaine Sergent, qui s’y trouvait, remit de l’ordre dans les petits détachements, leur prescrivit de reprendre leurs positions, et alla lui-même, avec le lieutenant Villard, enlever le mamelon Ben-Youcef.
Dans cette opération, il reçut une balle dans le mollet, et un des mobiles, se rendant au mamelon Caire, eut le cou traversé. Les mobiles installés, la fusillade recommença, sans effet, des deux côtés.

Le capitaine Sergent remonta au bordj, et, tout en se faisant panser, il donna l’ordre de déménager les maisonnettes, gourbis et tentes du hameau et du camp. Pendant ce temps, des groupes armés d’
Ouled-Aouat, Beni-Khetab et Mchate, s’étaient formés entre le bordj et la rivière.

Ils n’osaient pas se joindre aux rebelles, et encore moins les attaquer, comme ils en avaient reçu l’ordre de leurs caïds et de leurs chioukhs, dès qu’ils s’étaient montrés. Ceux-ci, en effet, sachant que le télégraphe
n’avait pas été coupé et que le chef d’annexe avait passé une dépêche à Constantine, s’étaient prononcés pour nous et faisaient du zèle.

A la tombée de la nuit, les spahis, mokhaznya, caïds, chioukhs et kebar, furent chargés d’occuper les mamelons et le hameau, au lieu et place des mobiles, rappelés au bordj et chargés de fournir un cordon de
sentinelles à l’extérieur et au pied du mur du fort.

La nuit se passa sans coup de feu, au milieu des conciliabules entre les rebelles et nos partisans.

FÉVRIER 15, 16, 17. — * Continuation des coups de feu sur le bordjd’El-Milia

Le 15 février au matin, près de deux mille indigènes étaient rassemblés autour au bas de l’éminence sur laquelle sont installés le bordj et le petit camp retranché qui domine le hameau. Sur cette position, le
capitaine Sergent plaça d’abord un poste de mobiles pour soutenir les défenseurs indigènes du hameau. Mais bientôt des masses de Qbails escaladèrent les rampes du bordj et du camp : ceux en tête criant qu’ils étaient nos amis, ceux de la queue tirant des coups de fusil par-dessus les têtes de ceux qui les précédaient.

Caïds, chioukhs et spahis, une fois entourés par la foule, avaient été les premiers à regagner le bordj. Le capitaine Sergent, voyant qu’ils ne tenaient pas, et craignant aussi que ses sentinelles extérieures ne fussent enlevées, prit le parti de se renfermer dans le bordj.

Il y fi t entrer
les Européens, les spahis, mokhaznya, caïds, cadis, et des chioukhs et des notables présents sur la fi délité desquels il pouvait compter. Parmi ces auxiliaires accueillis dans le bordj se trouvaient les deux marabouts Belgacem-Derouich et Ali-ben-Fiala, qui, en 1860, avaient déjà sauvé quelques Européens du bordj Lacroix.

Dès que la porte fut refermée, les créneaux furent garnis, et on répondit aux coups de feu des rebelles par une mousqueterie bien dirigée, qui, en quelques instants, déblaya le terrain autour du bordj.

Le 16 février, les insurgés coupèrent la conduite d’eau, et, la nuit, poussèrent vers la porte du bordj une charrette restée au hameau. Devant la fusillade qui les accueillit, ils furent forcés d’abandonner cette charrette à une dizaine de mètres du mur.

Le 17 février, ils essayèrent de nouveau de l’approcher, mais sans plus de résultat que la veille.

Pendant les quatre premiers jours, des individus isolés et embusqués ne cessèrent pas de tirer sur les créneaux du bordj, sans réussir, d’ailleurs, à les enfi ler.

Puis ils renoncèrent à cet exercice, et on n’entendit plus, de temps à autre, que de bruyants feux d’ensemble provenant de groupes de tribus
voisines, qui venaient ainsi témoigner de leur adhésion à la révolte. Mais ces groupes se tenaient au bas du mamelon du bordj, hors de portée de notre feu, et c’est de là qu’ils cernaient et surveillaient les assiégés.

La plupart des agents étrangers aux
Ouled-Aïdoun avaient amené leur famille dans le bordj ; mais, parmi ceux originaires de cette tribu, un seul, le spahi Beleulemi, suivit cet exemple.

Le bordj, du reste, était assez encombré pour qu’on ne désirât pas avoir plus de monde.
Il y avait : 71 militaires, 2 colons, 3 femmes françaises, des enfants, et 180 indigènes des deux sexes.


FÉVRIER 18. — Réunion des sagas(1) de Collo à Aïn-Kechera.

A Constantine et à Collo, dès les premières nouvelles reçues, on s’était préoccupé de porter secours à cette petite garnison.
Le 17, les tribus des Beni-Mehenna, Oued-Guebli et Beni-Toufout, furent invitées, par le capitaine Vivensang, commandant supérieur de Collo, à marcher contre les Ouled-Aïdoun , leurs anciens ennemis ;
dès le 18, à Aïn-Kechera, le capitaine Pont, chef du bureau arabe, avait 817 fusils ; le 19, il en avait 1,400, et il demandait à marcher. On lui prescrivit d’attendre qu’il fût rejoint par 600 mobilisés des Alpes-Maritimes, qui devaient débarquer à Collo le lendemain.

Ils arrivèrent en effet le 23, sous les ordres du capitaine
Vivensang, et accompagnés d’un obusier de montagne, servi par une section du 43e mobile. Pendant ce temps, les sagas du capitaine Pont s’étaient encore augmentées :
elles comptaient 2,309 combattants. La présence de ces contingents, animés d’un excellent esprit et bien en main, avait eu déjà pour effet d’empêcher
les
Ouled-el-Hadj et les Beni-Toufout de se joindre aux O. Aïdoun, et de localiser ainsi le mouvement dans le cercle d’El-Milia.

FÉVRIER 20. — Départ des troupes de Constantine pour El-Milia.

A Constantine, on était à peu près dépourvu de troupes, et on avait télégraphié le 16 au
général Pouget, alors à Souq-Ahras, d’arriver tout de suite avec sa cavalerie et une partie de sa colonne.

Le 20 février, le colonel de Danconrt, commandant la remonte, était parti de Constantine avec ce qu’on avait pu ramasser d’hommes de tous les corps, et deux compagnies de la milice, qu’il installa à
Mechta-el-Nar, transformé en un biscuit ville pour les besoins ultérieurs de la colonne attendue.

FÉVRIER 22. — * Affaire d’Elma-el-Abiod

Le 21, avec le reste de ses troupes, il se portait près Elma-el-Abiod, un peu au-dessous du col.

Le 22, trois compagnies, envoyées en avant pour réparer la route au passage même du col, étaient attaquées par les Beni-Tlilène. Il y eut une fusillade si violente que le colonel Dancourt, envoya trois autres compagnies, composées de jeunes soldats, qui firent aussi une consommation effrénée de cartouches. En fin de compte, après avoir brûlé 35,000 cartouches, on avait blessé ou tué 30 hommes aux
Beni-Tlilène, et on avait eu un homme blessé.

Ce jour-là,
le général Pouget arrivait avec une partie de ses troupes, et campait au col d’Elma-el-Abiod. La nuit, les grand-gardes du camp
furent inquiétées plutôt qu’attaquées. Ce fut l’occasion d’un nouveau gaspillage de cartouches, et on dut menacer les jeunes soldats de leur retirer
leurs chassepots s’ils brûlaient ainsi des munitions sans nécessité.

La journée du 23 fut employée par le général à organiser un peu ces soldats, qui ignoraient les premiers éléments de leur métier, et n’étaient
ni encadrés ni commandés. Il en forma sept bataillons répartis en deux brigades, et il plaça à la tête des compagnies des officiers de n’importe quel corps et de n’importe quel grade, mais ayant l’expérience voulue pour commander.

FÉVRIER 24. — * Combat de Kef-el-Ghorab.

Le 24, la colonne ainsi organisée, avec les colonels Dancourt et Destenay comme chefs de brigade,
se dirigea vers le Kef-el-Ghorab, où les gens des Ouled-Ali et des Ouled-Aïdoun s’étaient retranchés sur les hauteurs et dans le village. Aux premiers coups de feu tirés sur notre avant-garde, la cavalerie et l’artillerie occupaient les hauteurs, déblayaient le terrain, et les tirailleurs indigènes enlevaient bientôt de vive force le village.
Deux tirailleurs étaient tués, deux autres blessés, et les troupes campaient sur le terrain même du combat.

FÉVRIER 25. — *Engagements et razzia aux Beni-Caïd (el Akbia)

Le 25, sachant que la présence seule de la colonne avait en partie dégagé le bordj, et forcé d’attendre l’escadron mobile de spahis qui lui apportait un ravitaillement de 150,000 cartouches, le général fi t séjour à Kef-el-Ghorab, et envoya une reconnaissance brûler les villages des Beni-Caïd, qui avaient pris part au combat de la veille. L’opération se fit sans trop de difficultés, mais il y eut un engagement dans lequel un clairon de tirailleurs fut grièvement blessé.

FÉVRIER 25. — * Prise du village de Serroudj-di-el-Achech (cercle de Collo).

Ce jour-là, le capitaine Pont, à la tête de ses sagas(
1), et marchant en avant-garde, franchissait l’oued Achech et attaquait les villages formant
le groupe dit
Serroudj-di-el-Achech. Déjà, malgré une vive fusillade qui nous avait tué un indigène et mis hors de combat le chikh Mohammed-ben-Halima ainsi que cinq autres de nos auxiliaires, il avait enlevé
et incendié une soixantaine de gourbis.

Il allait s’emparer des troupeaux réfugiés avec les femmes sur le sommet du
Djebel-Seroudj, quand il
reçut l’ordre du
général Pouget de rentrer au camp.
Les Kebar des Achech s’étaient, en effet, rendus auprès du général, dès les premiers coups de fusil, et ils lui avaient offert des otages pour ne pas être razzés par les contingents indigènes.


FÉVRIER 26. — * Engagements à Kef-Zerzour et à Naïma (El-Milia)

Le 26, les deux colonnes devaient faire leur jonction à Naïma, 8 kilomètres seulement d’El-Milia. Les troupes du général, arrivées les premières, furent attaquées par les rebelles qui occupaient
Kef-Zerzour.
Il fallut les déloger de ces hauteurs avec l’artillerie et la cavalerie ; deux villages furent brûlés, et, malgré une fusillade très nourrie, nous n’eûmes qu’un seul homme grièvement blessé. La colonne
Vivensang arriva sans incident.


Le 27, dès le point du jour, on se mit en route. L’avant-garde, formée des sagas du capitaine Pont, et la première brigade, arrivèrent au bordj sans avoir eu à brûler une amorce. Il n’en fut pas de même de la
deuxième brigade, où se tenaient le général Pouget et les mobilisés du capitaine Vivensang.

-------------
1. Saga, troupe d’infanterie ; goum, troupe de cavalerie.
-------------


FÉVRIER7. — *Combats d’arrière-garde de Kef-Zerzour à El-Milia.

A plusieurs reprises, elle eut à repousser des attaques
vigoureuses qui s’acharnèrent sur l’arrière-garde et le convoi. On dut faire usage des quatre obusiers dont on disposait pour dégager des fractions serrées de trop près. La compagnie des francs-tireurs du Mansoura eut un homme tué et trois blessés, dont son capitaine, M. de Poulet.
Le sous-lieutenant de spahis Pérussel fut cité en raison de l’énergie qu’il déploya pour faire passer le convoi au col de
Sidi-Zerzour ; un de ses spahis fut blessé de deux balles, et quatre autres furent démontés.
Les sagas des
Beni-Toufout et de l’Oued-Quebli, qui marchaient avec le capitaine Vivensang, eurent un homme tué et quatre blessés. A une heure de l’après-midi, toute la colonne était campée au pied du bordj d’El-Milia.

FÉVRIER 27. — Destruction des villages des Ouled-Amiour aux Ouled-Aïdoun (El-Milia)

Le général donna alors l’ordre au capitaine Pont d’aller avec ses sagas et deux compagnies de tirailleurs brûler les villages voisins appartenant aux Ouled-Amiour (O. Aïdoun), opération qui se fit sans amener aucune perte de notre côté, malgré une fusillade assez vive.

Dès le 27, les soumissions commencèrent de tous les côtés ; le général se fit donner quatre cents otages ou prisonniers et neuf cents fusils.

Le 28, la petite colonne Vivensang rentra dans le cercle de Collo. Le 1er mars, elle était à Mers-Zitoun, où on avait pillé un moulin à huile,
et, en présence des bonnes dispositions des indigènes, on licenciait les contingents.
A El-Milia, la présence du général et de sa colonne était encore nécessaire pour calmer les esprits et pour arriver à faire livrer par les Ouled-Aïdoun les mauvais sujets et les meneurs, dont l’arrestation est toujours longue et difficile dans les tribus où il n’y a ni personnalités influentes ni djemaa toutes-puissantes.

Pour réussir, il faut du temps et de la force, et, malheureusement, de nouvelles complications nécessitèrent le rappel du général Pouget, qui, le 6 mars, se mit en route avec sa colonne pour Constantine.
</D...< p>

Par Nabil Mérimèche - Publié dans : HISTOIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 14:20
Source : Monographie de la Wilaya de Jijel, par Salah BOUSSELOUA (Page N°9 à 20) - années 70.

Pour les historiens, l'histoire de JIJEL remonte à quelques 2000 ans. Le nom même de la cité n’est pas éclairci. Jijel tirerait son nom du mot berbère «Ighil-Ighil» , de colline en colline ou en se referant à l’antiquité romaine, on a « IGILGILI » de « JILJIL », cercle de pierres sur lequel, la cité s'est construite pour échapper aux invasions venant du nord.

 



En effet par ses immenses plages de sable fin, la richesse de son site, la douceur de son climat, JIJEL a attiré au cours des siècles, tous les peuples expansionnistes de la Méditerranée. Bloquée entre la chaîne des Babors et la mer démunie presque totalement de voies de communication, à l'exception de quelques voies romaines traversant des zones peu sûres et reliant Constantine, Béjaia, et Collo, après plusieurs jours de marche, Jijel subira toutes les attaques, venant surtout de la mer.

Grâce à un système de défense bien conçu, la ville affrontait victorieusement tous les assauts. Dés que l'alerte était donnée par les guetteurs. La population civile allait s'enfermer dans une forteresse construite à l'arrière de la ville, à Béni-Caïd. La ville restait alors aux mains de ses défenseurs. En cas de rupture des lignes de défense et si l'envahisseur s'avisait de poursuivre la population, il tombait fatalement dans des gorges étroites situées entre des collines boisées, entourées de cours d'eau, d'où d'autres défenseurs pouvaient surgir. Plus tard la stratégie des armées colonialiste allait reprendre à peu prés le même système de la défense de la ville.
La vieille cité devient citadelle. Le vieux fort "des Français" aujourd'hui disparu a été construit par le corps expéditionnaire du Duc de Beaufort au XVII siècle. A l'Est de la ville, sur un promontoire rocheux qui commandait l'entrée de la cité par la mer, le fort Duquesne fut édifié sur l'emplacement de Sidi Amer . A l'Ouest, la montagne qui domine la ville et sa région, Mesghitane , devint sémaphore, un fortin toujours tenu à l'époque française par une section de soldats.

A proximité des mausolées de Sidi El- Harbi et Sidi B'sir , les forts Saint- Ferdinand et Sainte Eugénie , furent également bâtis. Il ne reste à présent en matière de vestiges historiques, que quelques tombeaux étrusques, des pièces de monnaie en or frappées par les rois Hamadites de Bejaia ,quelques vieux canons rouillés exposés un certain temps devant la citadelle , ''Aïn- Romane'' (fontaine romaine) à Aîouf , le « Djebel » quartier haut des anciens Raïs et prolongement du vieux JIJEL , Dar Chouafa (les Guetteurs) , Ghdir Kouiras (le petit corsaire)


L'histoire de Jijel se situe donc déjà dans la pré-antiquité, puisque la civilisation étrusque y a laissé des traces, comme partout, autour du bassin méditerranéen. Les tombeaux étrusques taillés dans la pierre sont encore visibles à la ''Pointe Noire ''(Rabta). En regardant la position de la vieille ville (l'actuelle caserne), construite sur une presqu'île aux falaises rocheuses, défendue au nord par la mer que ferme un cercle d'écueils, au sud par une ceinture de collines, nous remarquons que la place antique, avait été choisie dans un but défensif pouvant servir de comptoir sûr aux transactions commerciales des premiers marins de la Méditerranée.

Vers le Xè Siècle de avant J.C , les Phéniciens, marins et marchands, en quête de bases pouvant offrir le maximum de sécurité à leur commerce, s'installèrent à Jijel où ils fondèrent un comptoir. Les romains vinrent occuper la petite cité, phénico-berbère, qu'ils élevèrent au rang de Colonia Romana , administrée par un sénat, à l'instar des villes romaines importantes. (Après écrasement de Carthage en 146 avant J.C.)

L'importance de IGILGILI des Romains sur le plan économique, administratif et stratégique, dura plusieurs siècles. Le Général Théodose utilisait le port pour le débarquement de ses légions qu'il lançait contre les chefs numides hostiles à l'occupation étrangère, et menaçant continuellement la route du blé. Le blé provenait des hautes plaines sétifiennes et était dirigé sur Rome. Arrivant des pays germaniques, les Vandales traversèrent l'Espagne et déferlèrent sur l'Afrique du Nord. Ils détruisirent IGILGILI en 429 .

En 533 de l'ère chrétienne Les Byzantins venus de l'empire Romain du levant (Byzance), s'emparèrent de la place et les Vandales durent se réfugier dans les montagnes
.
Vers 650 , les premiers cavaliers de l'Islam firent leur apparition. La religion qu'ils venaient répandre était basée sur l'égalité des droits et des devoirs pour tous les hommes sans distinction. En échappant au carcan byzantin, les populations autochtones et les Vandales qui restaient, accueillirent avec enthousiasme la religion nouvelle. Le flux arabe dura jusqu'au XI° siècle. Mais ce qui avait été édifié sur la foi pure, devait être terni par les tractations matérialistes de certains monarques.

Jijel était alors sous l'autorité de Kairouan. L'histoire nous apprend qu'une révolte contre Kairouan, fut étouffée dans le sang en 695. Des contingents envoyés par le gouvernement de Kairouan et stationnés près d'El-Milia, eurent à réprimer une autre révolte en 776.

Une nouvelle dynastie les Aghlabides prit le pouvoir à Kairouan. Ce qui allait entraîner une nouvelle révolte de Jijel et sa région en 913.
Les Kotama , une importante tribu, rallia autour d'elle les tribus de la région et marcha sur Kairouan, donnant naissance à une nouvelle dynastie : la dynastie des Fatimides qui chassa les Aghlabides de Kairouan. Les Fatimides poussèrent leur conquête jusqu'en Egypte, occupèrent le Caire, laissant entre les mains des Gouverneurs Zirides de Kairouan, l'administration des territoires de l'Ouest.

JIJEL et sa région, après avoir provoqué tous ces importants changements, retombaient sous l'autorité des Zirides de Kairouan de 973 à 1007 .
Une autre dynastie parente des Zirides mais rivale, se partageait avec ces derniers le Maghreb central. Il s'agit des Hamadites .

En 1007 , JIJEL passait sous leur souveraineté.

En 1045 , l'émir Ziride de Kairouan, ayant rejeté définitivement l'autorité des Fatimides installés en Egypte, le calife du Caire dirigea sur Kairouan dissidente, les Béni-Hilal, farouches cavaliers du désert égyptien qui allaient envahir toute l'Afrique du nord.

Au sud algérien, la kalâa des Béni-Hammad tomba entre leurs mains en 1050.

El-Kaid, prince hammadite, fils aîné de Hammad Ben Bouloughine , remonta vers le nord. Il se serait installé à Jijel vers 1068 . Un autre prince, En-Nassir s'installa à Béjaia qui devait prendre le nom de En-Nasseria et devenir la nouvelle capitale Hammadite.
Poussant également vers le nord, à partir de la Kalâa, les Béni-Hillal, investirent toute la Kabylie orientale. Le faible Emir de Béjaia, Yahia Ibn-El-Azziz, ne put endiguer ce flot de cavaliers pillards.

A Jijel, le palais hammadite, construit par le monarque de Béjaia pour son séjour durant ses parties de chasse, fut abandonné . Ses occupants se réfugièrent auprès des descendants d'El-Kaid dans l'arrière pays. Une période de chaos et d'anarchie s'en suivit. Les guerres entre tribus reprirent. Le commerce de Jijel périclita. Ce fut la fin de la dynastie hammadite.

En 1130 , une nouvelle dynastie fondée par El-Moumen, les Almohades, s'établit à Béjaia. Les Almohades rétablirent l'ordre. Ils régnèrent sur toute l'Afrique du Nord et la moitié de l'Espagne jusqu'à 1273, après avoir chassé les Almoravides, maîtres du Maroc et de l'Espagne mais ne purent jamais reprendre la Sicile tombée entre les mains du puissant roi, Roger le Normand. Conquise par les Aghlabides en 827, la Sicile passait entre les mains des Fatimides en 917. Elle leur fut enlevée en 1090 par les Normands, après un siège qui dura de 1058 à 1090.

Roger le normand , s'intéressa aux côtes voisines, les côtes de l'Afrique du Nord où il voulait établir une base. JIJEL fut choisie et en 1143, la flotte normande incendia la ville. Les habitants de la ville se réfugièrent à Béni-Caïd et devant le vide laissé par ces derniers, les Normands préfèrent se retirer mais pas pour longtemps.

Les Djidjelliens méfiants bâtirent sur les hauteurs de Béni-Caîd, la fameuse forteresse qui devait désormais garantir leur sécurité.

Les Normands revenaient souvent à époque fixe. Leurs raids durèrent une dizaine d'années sans pouvoir réduire la place.
Une légende locale rapporte qu'un matin de l'Aïd El-Fitr, les voiles des bateaux normands apparurent à l'horizon. Une mère qui avait préparé la pâte pour les crêpes de la fête, dut assister au départ de ses sept garçons qui quittèrent la forteresse avec leurs compagnons d'armes pour arrêter l'ennemi en rase campagne. Revenue chez elle la mère au lieu des crêpes confectionna une petite galette pour elle seule, et prit le deuil. Les Normands furent repoussés et le soir les sept guerriers, retrouvèrent sains et sauf, leur mère.

Depuis ce jour-là, plusieurs vieilles familles de JIJEL, issues sans doute des sept guerriers, font une petite galette, en même temps que les crêpes le jour de l'Aïd.

Revenons à l'histoire. Ne pouvant réduire par les armes, la place si convoitée, les Normands de Sicile, préférèrent établir des échanges commerciaux pacifiques avec les Djidjelliens. Ce qui ne tarda pas à attirer vers Jijel les grandes républiques maritimes italiennes de l'époque : Venise, Gêne et Pise.

De ce fait, sous le nom de " GIGERI ", Jijel entrait de plain-pied dans la vie maritime du monde Méditerranéen.

D'après les historiens et notamment l'historien arabe El-edrisi , contemporain de Roger le Normand, Jijel et sa région produisaient en abondance, des céréales, du miel, du beurre, du bois pour les constructions navales, du chanvre, du charbon de bois, des noix, du poisson séché et des peaux de fauves.

Sous les Almohades dans la première partie du XII° Siècle, puis sous les Hafsides, les Abdewalides, et les Mérénides au XIII° Siècle , le commerce des Républiques italiennes avec le port de Jijel, atteignit son apogée.
De violentes querelles éclataient entre les concurrents pour les monopoles et étaient appuyées par des comptoirs fortifiés et des vaisseaux de guerre.

A Jijel, à la fin du XIII° Siècle, les Pisans éliminèrent les Génois et les Vénitiens . Mais le Sultan de Béjaia dépendant des Hafsides de Tunis, accorda des avantages à la République de Gênes.

Les Génois allaient se maintenir à Jijel du XIII° au XVI° Siècle. Entre temps vers 1280, les mêmes avantages furent accordés au Roi d'Aragon, Pierre III . Le commerce avec Jijel, était donc partagé entre Génois et Aragonais . Néanmoins, les Génois, fortifiés et tenant garnison, restaient maîtres de la Place. Les espagnols préférèrent s'installer à proximité, à Bejaia.

Ce choix devait plus tard modifier le cours de l'histoire du littoral de l'Afrique du nord, et concéder au petit port de Jijel, voisin de Bejaia, un rôle de premier plan dans les grandes batailles navales du XVI° Siècle qui allaient assurer à l'Algérie, la maîtrise de la Méditerranée.

Au XV° Siècle , après la chute de Grenade en 1492, et l'insurrection des Musulmans andalous pressurés et torturés sans relâche par le Cardinal Ximenès de Cisneros, les Espagnols dont le fanatisme religieux était attisé par le sinistre Inquisiteur, voulaient poursuivre les Musulmans d'Andalousie jusque dans leurs retranchements. Tout fut mis en œuvre par l'Espagne pour l'occupation des ports de l'Afrique du Nord.

De puissantes Armadas canonnaient les villes du Littoral. Le corsaire Espagnol Pedro Navarro s'empara en Algérie de Mers-el-Kebir en 1505, de Béjaia en 1510, Dellys, Cherchell et Mostaganem en 1511.
Alger dût céder le rocher qui protégeait le port, où une forteresse fut édifiée, le ''PENON '' appelé par les habitants ''L'EPINE AU CŒUR'' et qui tenait la ville sous la menace permanente de ses canons.

Pour des questions politiques intéressant l'Europe, l'Espagne préférait réduire son occupation aux seules villes de la côte, érigées en citadelles imprenables, grâce à la multiplication de forteresses puissantes tenues par des garnisons fortement armées. (Certaines de ces forteresses sont encore visibles, notamment à Béjaia).
Cette occupation restreinte, ordonnée surtout par Ferdinand le Catholique (1479-1516) isolait les garnisons obligées de razzier les campagnes environnantes pour se ravitailler.

Les rois Hafsides de Tunis, alarmés par le péril espagnol qui menaçait toute la côte nord africaine, de Mélila à Tripoli, font appel à deux célèbres corsaires, musulmans, BABA AROUDJ et son frère KHIRREDINE , surnommés ''BARBEROUSSE '' ou '' BARBAROSSA ''. Baba Aroudj et Kherdinne, fils de Yacoub, un sicilien musulman, sont nés à Mételin respectivement en 1474 et 1476. Leur père eut également deux autres fils : Elias et Ishak.
Dés l'âge de 13 ans, Arroudj accomplit son premier exploit en mer

De 1504 à 1510, il força le blocus espagnol et ramena en Afrique du Nord, de nombreux musulmans d'Andalousie. Ces exploits lui valurent un grand prestige dans le monde musulman. Les rois Hafsides de Tunis lui accordèrent une base dans l'île de Djerba.

A leur appel, les deux frères appareillèrent pour libérer les ports de la côte Ouest en commençant par Béjaia. La première attaque eut lieu en 1512. Arroudj perdit son bras gauche dans la bataille. Il se replia sur Tunis pour reconstituer la flotte.
Deux ans plus tard, en 1514, la flotte reconstituée mouilla dans les eaux djidjilliennes . Une intervention rapide de Baba Arroudj, avec le concours de la population, anéantit la garnison génoise installée à Jijel depuis le XIII siècle. Reconnaissants, les Djidjelliens fournirent à Baba Arroudj, déjà connu d'eux, de nombreux contingents de marins et de soldats.

Jijel ou ''GIGERI'' de l'époque des grandes canonnades, devenue une base fortifiée des frères Barberousse, commençait à faire connaître la grande puissance d'Alger.

En 1515 , l'escadre renforcée de nombreuses unités et de nouvelles recrues, quitta Jijel. Elle se présenta devant la porte Sarrasine et le bombardement des positions espagnoles de Béjaia dura deux jours. L'ennemi bloqué dans ses forteresses et ne pouvant faire une sortie par le sud, dans un pays hostile, dut se rendre. Béjaia était libérée.

Sollicitée par Sélim Ettoumi , Cheikh d'Alger, pour détruire le ''PENON'', considéré imprenable par les Espagnols, l'escadre algérienne quitta Jijel, occupa Cherchell d'abord puis remit le cap sur Alger.
Après quelques coups de canon échangés avec la forteresse ennemie, les deux frères décidèrent de s'installer en premier lieu dans la ville. Tandis que Arroudj continuait ses raids pour la libération des villes et des ports algériens aux mains des espagnols, Khair-eddine devait organiser l'administration de la ville d'Alger.

Cherchell, Ténès, Miliana étaient libérées. Tlemcen suzeraine de l'Espagne attendait son tour. Baba Arroudj éleva partout des forteresses et avant d'atteindre Tlemcen, fortifia El-Ghazaout qu'il confia à une partie de ses éléments djidjelliens . Tlemcen fut libérée mais les espagnols envoyèrent de nombreux renforts. Baba Arroudj succomba sous le grand nombre des assaillants en 1518, prés de Rio Salado .

A la nouvelle de la mort de Arroudj, les Algérois mécontents de voir toujours le ''Pénôn'' en place, manifestèrent de la nervosité. Certains clans de la ville allèrent jusqu'à conspirer contre Khair-eddine et ses compagnons qui jetaient déjà les bases de la régence d'Alger.

Afin d'authentifier ses raids en Méditerranée et obtenir pour cela, des lettres de course au service d'un monarque, Khair-eddine s'adressa au sultan Salim 1er d'Istanbul qui lui décerna le titre de Pacha et Emir des Emirs (Beylerbey).

Alger suzeraine de la Turquie, reçut de nombreux renforts et de l'artillerie. Ces renforts arrivèrent à temps pour briser une tentative espagnole d'occupation totale de la ville.

En effet les vaisseaux espagnols commandés par Hugo de Moncada subirent un échec retentissant et ceux qui échappèrent aux canons d'Alger, se retirèrent abandonnant le Penôn et sa garnison.Mais les conspirations contre Khair-eddine gagnèrent déjà quelques villes de l'ouest et certaines tribus des environs d'Alger.

Khair-eddine préféra se replier en 1520 sur Jijel, sa base de départ, dont il songeait faire sa capitale. Les Djidjelliens le reçurent triomphalement. De son côté Khair-eddine faisait profiter la ville de tous les produits de ses courses en mer.
Toujours à la tête des contingents turcs et djidjelliens, il s'empara de Constantine en 1520, de Collo en 1521, et de Bône 1522.

En 1525 , des évènements graves le rappelèrent à Alger Khair-eddine quitta Jijel pour Alger qui allait devenir sa capitale. Par reconnaissance, Jijel fut la seule ville à l'époque, autorisée à pratiquer la course en mer. Les Djidjelliens installés à Alger ou demeurés chez eux bénéficiaient de nombreux avantages. Ils étaient exempts d'impôts, portaient le costume turc et pouvaient croiser leurs épées contre celles des Janissaires, dans les duels sans encourir la peine de mort. Comme les Turcs ils échappaient aux juridictions de droit commun et sont jugés par le tribunal réservé uniquement aux janissaires.

A Alger, Khair-eddine décida d'en finir avec le Penôn dont la menace pesait toujours sur la ville. La forteresse subit un intense bombardement qui dura 20 jours, et son gouverneur, Martin de Vargas, se rendit avec sa garnison.

Alger était définitivement libérée de l'emprise espagnole. Si le port d'Alger était un médiocre mouillage, entouré d'écueils et exposé à tous les vents, sa position stratégique qui lui permettait de contrôler toute la Méditerranée, du détroit de Gibraltar au canal de Sicile, l'emporta sur le mouillage, pour servir aux opérations militaires. Khair-eddine fit construire un môle long de 200 mètres, large de 25 mètres et haut de 4 mètres. Ce môle réunit la ville aux îlots qui commandent l'entrée d'Alger par la mer. Amélioré par la suite, pour devenir plus tard, l'actuelle Amirauté, le môle marquait le début du port de guerre de la Régence.

Toujours aidé par les Djidjelliens, Khair-eddine poursuivit ses combats en mer avec le titre d'Amiral de toutes les flottes, décerné par Soliman III en 1533 . Il s'empara de Tunis qu'il dut abandonner, à cause de l'aide apportée à Charles Quint par l'escadre Génoise d'Andréa Doria en 1535, mais conserva Bizerte.
Le Bénédictin HAEDO , contemporain de l'état Algérien organisé par Khair-eddine raconte à propos des marins Algériens : "Naviguant pendant l'hiver et le printemps, les corsaires algériens parcourent la mer du levant au couchant, se moquant de nos galères………. "
Sachant que lorsque leurs galiotes si bien espalmées, si légères, rencontrent les galères chrétiennes si lourdes et si encombrées, celles-ci ne peuvent leur donner la chasse. Elles ont coutume pour les railler, de virer de bord et de leur montrer l'arrière.
La supériorité des Algériens tenait non seulement à l'adaptation rationnelle des galères et des brigantins à la guerre de course mais à l'entraînement et à la discipline……..
Ils sont si soigneux de l'ordre, de la propreté et de l'aménagement de leurs navires qu'ils ne pensent pas à autre chose, s'attachant surtout à un bon arrimage pour pouvoir bien filer et louvoyer. "Enfin pour la même raison, il n'est permis à personne, fût-ce le fils du Pacha lui-même de changer de place ni de bouger du lieu où il est……."
Khair-eddine écuma les eaux siciliennes, celles de Calabre et des Pouilles, enleva aux Vénitiens SCYROS, ATHMOS, PAROS et EGYNE (1538). Il prit d'assaut CASTEL NUEVO en 1539, battait une flotte chrétienne devant CANDIE (Crète) et aida les Français alliés de la Turquie contre l'Espagne de la maison d'Autriche, à bombarder NICE en 1543.
Le combat eut lieu dans le golfe du Lion où les vaisseaux espagnols qui bloquaient tout trafic vers Marseille, eurent le dessous.
Khair-eddine mourut en 1545 Loin de sa base de départ, JIJEL que les Espagnols par représailles, allaient détruire en 1611, sous le feu d'une puissante flotte commandée par l'Amiral de Santa Cruz.
Malgré les représailles continues contre les ports algériens organisées par les croisières de bateaux espagnols, italiens, anglais, hollandais, le prestige de la marine algérienne, dépassait le monde de la Méditerranée.

JIJEL dut subir en 1664 une attaque d'envergure déclenchée par Louis XIV , le monarque français, oubliant les anciennes alliances de son pays avec l'Algérie et ne songeant qu'à augmenter son prestige vis-à-vis des pays chrétiens d'Occident.
Sous la pression de son ministre Colbert , Intéressé par les routes de ses compagnies commerciales d'Afrique, un puissant corps expéditionnaire commandé par le prince Bourbon, Duc de Beaufort et oncle du Roi, fut débarqué à Jijel par l'Amiral Duquesne, le 23 juillet 1664 prés de Sidi-Amar.

Un fort ''le fort des français'' pour les armées de Louis XIV et ''Bordj-Echetti'' pour les vieux Djidjelliens, fut construit prés du vieux cimetière de la ville (ce vieux fort aujourd'hui disparu, était debout jusqu'en 1933).

Les régiments de Navarre, de Normandie et de Picardie qui constituaient les ponts avancés, furent coupés à Beni-Caîd par les troupes djidjelliennes, de leurs arrières tenus par les régiments des ''Gardes françaises, ''des Volontaires de Toulon et la marine; le régiment de Picardie fut décimé dans une embuscade.

Assiégés de toutes parts, les troupes qui tenaient la ville, rembarquèrent en hâte, le 31 Octobre 1664, abandonnant ce qui restait des régiments à l'extérieur. Les restes de ces régiments acceptèrent de se mettre au service des Turcs, moyennant une conversion à la religion musulmane, rejoignant par là ce qu'on appelait déjà en occident, les Capitaines Renégats.
Après ces évènements qui confirmèrent la célébrité de ''Gigeri'' comme place corsaire imprenable, dans le monde occidental et méditerranéen Jijel reprit ses relations avec les Beys de Constantine et allait connaître une ère de paix en s'adonnant à ses activités commerciales traditionnelles. Ce fut alors l'avènement de certaines familles placées sous le saint patronage de personnages illustres dont les hautes qualités morales, religieuses ou militaires, avaient forcé le respect et la reconnaissance de leurs contemporains : SIDI BOUBHAR , LALLA MESGHITANE, SIDI AHMED AKELAL, SIDI B'SIR, SIDI EL-HARBI, LALLA Z'BIRIA, SIDI M'RABET MOUSSA, SIDI EL HOCINE, M'RABTA SEKHRIA , M'CHKTA, SIDI MEZOUAR, SIDI AMER, SIDI AHMED AMOKRANE.
Tous les mausolées situés aux abords et au centre de la ville, constituaient pour la population, un lieu de recueillement et de prière. Parmi ces mausolées, certains ont disparu.
Le mausolée de SIDI AHMED AMOKRANE est toujours conservé sur la colline ''Korn-el-Djebel'' . Sidi Ahmed Amokrane est considéré comme le patron de la ville. La paix régna à Jijel jusqu'en 1803. Mais cette paix fut troublée par un fanatique marocain, Abou Dali ben El-Harche qui fomenta des insurrections contre les Turcs à travers toutes les régions de l'actuelle Wilaya. Abou Dali, à la tête des tribus séditieuses s'empara de Jijel et assiégea Constantine.

Le Bey de Constantine, Osman le Borgne (B'SIR), homme très pieux et pacifique repoussa Ben El-Harche et marcha sur Jijel, à la tête de 2000 Janissaires et 3000 cavaliers. Arrivé dans les parages de Bir El-Ghder, il tomba dans une embuscade et fut tué avec plusieurs de ses compagnons .

Les survivants ramenèrent sa dépouille qui avait été ensevelie près de l'ancienne forteresse où se trouve le mausolée de Sidi-El-Harbi, en attendant les renforts du Dey d'Alger. Une légende locale racontée par certaines vielles familles de la ville dont il demeure le saint Patron, nous fait savoir que le martyr refuse tout mausolée. Chaque fois qu'une âme pieuse s'avise de construire le mausolée du saint Homme, il est aussitôt détruit.
Devant l'anarchie qui s'instaura dans la ville, après les troubles fomentés par Boudali, des actes isolés de piraterie dirigés contre les petits caboteurs algériens eurent lieu.

A la demande de la population, le Dey d'Alger dépêcha la Marine officielle. Bou Dali fut capturé et l'ordre rétabli.Les Djidjelliens maîtres de leur ville, rétablirent leurs rapports commerciaux avec les pays voisins dont Tunis était le centre d'attraction. Cette période d'apaisement dura une trentaine d'années.

En 1830 , les troupes françaises s'emparèrent d'Alger et en 1837 de Constantine. Jijel coupée de la double autorité du Dey d'Alger et du Bey de Constantine bénéficia d'une certaine autonomie pendant deux ans. Entre temps, un caboteur français, jeté sur la plage d'El-Kennar par le mauvais temps, fut pillé par les riverains, cet acte précipita la conquête de Jijel.

L'histoire locale rapporte que des familles entières s'étaient jetées à la mer du haut de la falaise qui borde la vieille ville, avant l'arrivée des troupes d'occupation, le premier mouvement insurrectionnel eut lieu du 17au 22 septembre 1841. Les emissaires de l'Emir Abdelkader bien accueillis, furent suivis par toute la population de l'actuelle Wilaya. La lutte populaire dura jusqu'à en 1842. Les insurrections armées reprirent en 1845-1847-1851. Celle de 1851 fut la plus meurtrière. Le général de Saint-Arnaud , chargé de la pacification de Jijel et sa région, à partir de Mila, s'y rendit célèbre par les enfumages des grottes où se réfugiaient les populations civiles.

En 1856 , dans la nuit de 21 au 22 Août un terrible cataclysme frappa Jijel. Un tremblement de terre suivi d'un raz-de-marée, réveilla en sursaut la population qui put fuir vers la campagne environnante dés les premières secousses. Seules deux femmes et trois enfants périrent dans la catastrophe.
Un bébé enseveli sous les décombres fut sauvé miraculeusement par le berceau renversé sur son petit corps. Le bébé devenu le grand-père M'SILHA vécut longtemps et eut une nombreuse descendance. Mais la vieille cité marquée par plus de 20 siècles d'histoire fut détruite.

Oui, IGIGILLI des Romains, venus bien après les Etrusques et les Phéniciens, Jijel qui avec sa région fut à l'origine de la dynastie fatimide, ''JIGERI ''des Rais qui, sous les frères Barberousse, fit trembler les marines chrétiennes, Jijel, vainqueur des armées de louis XIV, disparut à jamais avec ses tours de gué, ses maisons et ses mosquées.

Le même destin qui lui réserva un premier rôle dans l'histoire des grands combats navals, voulut sans doute lui épargner l'humiliation du joug des armées colonialistes. Celles-ci après la catastrophe, ne trouvèrent de la vieille ville, qu'un rocher couvert de décombres qu'elles utilisèrent pour la construction de leur citadelle.

En peu de temps, la nouvelle ville commença à s'édifier (1857-1858).

La nouvelle ville construite par le génie de l'armée française attira de nombreux colons, venus la plupart des campagnes et quartiers misérables des pays européens de la Méditerranée. Ces immigrants moyennant une naturalisation et une concession de terre spoliée, allaient devenir, grâce au code de l'indigénat qui livrait à leur merci, les populations légitimes du pays, une aristocratie nouvelle dans Jijel et sa région.

Expropriations, chômage, impôts écrasants, lourdes amendes de toutes sortes, tentatives d'évangélisation des campagnes, décret Crémieux qui élevait les juifs algériens au rang de maîtres du pays, réquisitions arbitraires de travailleurs, toutes ces exactions, trouvèrent une population musulmane attentive au message de Cheikh El-Haddad et son disciple El-Mokrani en 1871 .
Encore une fois, l'insurrection fut étouffée dans le sang et la colonisation put parachever à loisir, son extension par des expropriations massives et le déplacement des populations dans la région de Guelma et Temlouka.

De nouveaux colons arrivèrent d'Alsace et de Lorraine reprises par les Allemands après la défaite de Napoléon III à Sedan en 1870.
Un nouveau ''Strasbourg' ' fut construit à une dizaine de kilomètres de Jijel (actuellement Emir-Abdelkader). Ne pouvant tenir devant les régiments d'une des plus fortes armées d'Europe, les Algériens choisirent la bataille politique.

En 1911 , le premier journal de tendance nationaliste ERRACHIDI était imprimé à Jijel. Ce journal attaquait le code de l'Indigénat, les réquisitions de travailleurs, les exportations et le service militaire rendu obligatoire aux Algériens musulmans en 1913.
La guerre de 1914, arrêta momentanément les premiers mouvements politiques qui reprirent au cours des années vingt pour atteindre leur intensité dans les années trente. Trois faits importants à signaler à Jijel durant cette période :
1°) La construction par volontaires en 1934 de la première médersa en langue arabe et dont la première pierre fut posée par le Cheikh Abdelhamid Ben Badis.

2°) Les premières luttes syndicales en 1936 avec grèves sur le tas dans les usines de liège et les quais d'embarquement.

3°) La création de la première équipe de football (JSD) entièrement musulmane, en vert et blanc, face à S.C.D tricolore qui ne pardonnera jamais le départ de ses joueurs musulmans. (1936).

" Il y eut également la première section de Scouts Musulmans Algériens (S.M.A) sous l'égide de la J.S.D.(1936)

La déclaration de la deuxième guerre mondiale en 1939, qui vit des milliers d'Algériens dirigés sur les champs de bataille étrangers arrêta comme en 1914 les mouvements de lutte populaire jusqu'en 1941.
Dans la même année, des arrestations furent opérées dans tout le territoire de l'actuelle Wilaya. Les Djidjelliens purent connaître dans les camps d'internement, d'autres frères venus de toutes les régions du pays. Un journal clandestin "l’action" circulant à travers les masses encadrés par le vieux P.P.A.
Le débarquement des troupes alliées en 1942-1943, favorisa la reprise des mouvements patriotiques.

Le principe de l'autodétermination était solennellement proclamé par les alliés.
Mais le 8 Mai 1945, qui marquait la fin de la guerre fut pour l'actuelle wilaya de Jijel, le théâtre d'un génocide, de Tamentout à Beni-Aziz (Ex Chevreuil ), zone proche de Kherrata, ville martyre avec Sétif et Guelma.
Le bagne, les travaux forcés, les déportations et l'emprisonnement devinrent le lot de ceux qui échappèrent à la mort.

« La répression sévère, impitoyable est commencée……
J'ai vu dans les yeux des chefs qui commandent les troupes…..
La décision implacable d'être sans pitié….
Nous jurons que l’Algérie est, et restera française. !

(Discours de Jules Lochard du 13 Mai 1945 - ''Réveil Djidjellien '' N°45 du 19 Mai 1945)».

Le premier novembre 1954, ces mêmes populations des Daîrates de Fardjioua, El Miliia , Taher et Jijel, que les armées répressives , les administrateurs, les Boisson , les Lochard et consorts, croyaient à jamais jugulées , reprirent sans hésiter le combat libérateur. Acceptant tous les sacrifices, elles allaient marcher les armes à la main, côte à côte avec leurs frères et sœurs des autres régions d'Algérie jusqu'à la libération totale de la patrie. Région montagneuse et couverte de forêts, la wilaya de Jijel constituait avec le massif de Collo, un bastion imprenable que ne purent réduire ni les bombardements aériens, par vagues successives, ni les incendies de forêts, ni l'artillerie, ni les tirs de la marine.

Aujourd'hui, comme tous les Algériens, les Djidjelliens travaillent mais n'oublient pas leurs morts. Au riant village de la révolution agraire Belghimouz-Medegri, un petit monument expose un chapelet de bombes d'avion non explosées.
La stèle avec ses trois bombes rouillées, semble marquer à jamais, les forces rétrogrades et obscurantistes qui voulaient freiner la marche de l'Histoire et celle du peuple vers le progrès.

Source : Monographie de la Wilaya de Jijel, par Salah BOUSSELOUA (Page N°9 à 20) - années 70.
Par Nabil Mérimèche - Publié dans : HISTOIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 14:16

Les Ouled-Athia de l'Oued-Zhour

 

 Il y a quelques temps, les habitants du village de Taden, dans le douar des Djezia, commune mixte d'Athia, découvrirent , sous les oliviers qui avoisinent le village, un petit canon que les eaux de pluie avaient mis à jour en ravinant le sol ? L'émotion fut assez vive chez les Ouled-Athia qui ne se connaissaient pas d'artillerie, et qui regrettèrent sans doute que la découverte ne se fût pas produite en d'autres circonstances, à l'époque où ils guerroyaient encore contre les Roumis. Parmi les vieillards de la tribu, nul ne se souvenait qu'un canon fût resté enfoui sous les oliviers de Taden, à l'endroit le plus fréquenté pourtant de tout le territoire des Djezia. Aussi les racontars allaient-ils leur train; et, l'imagination aidant, le canon défraya pendant plusieurs jours les conversations.

 On rendit compte à l'autorité, qui le fit transporter jusqu'à la plage de l'Oued Zhour, où il fut chargé sur une gondole de passage à destination de Collo. Un conflit assez comique s'éleva alors entre les divers services qui se crurent intéressés dans l'affaire. [...]

 La pièce en question est en cuivre, et pèse 190 kil. Sa longueur exacte est d'un mètre; son diamètre intérieur, de 0 mètre 11; sa circonférence extérieure, la plus forte, un peu en arrière des tourillons, est de 0 mètre 74. Les anses sont brisées. Près de la gueule on remarque une petite figure en relief un peu fruste, qu'on serait tenté de prendre pour une fleur de lis.

 Les dimensions et le poids de cette pièce ne semblent pas indiquer que ce soit une pièce d'artillerie française, de celles du moins qui ont été en usage depuis l'occupation du pays. Le point où elle a été trouvée est cependant situé sur le chemin suivi par la première colonne qui a traversé les Ouled-Athia en 1852 pour aller de Collo à el-Milia en coupant la vallée de l'Oued Zhour.

 Peut-être provient-elle du pillage de quelque bateau échoué aux environs de l'embouchure de l'Oued Zhour, qui est à une dizaine de kilomètres de Taden. Mais ce pourrait être aussi un reste de l'expédition dans laquelle un bey de Constantine fut tué en 1804. C'est surtout en raison de la probabilité de cette dernière hypothèse que cette découverte m'a paru mériter d'être signalée aux lecteurs de la Revue Africaine.

 D'après les renseignements des indigènes, il existe un autre canon dans la tribu des Beni-Ferguen, dans la même vallée de l'Oued Zhour, à l'ouest des Djezia : celui serait en bronze, et sert d'enclume à un forgeron arabe.

 

 Dans son Histoire de Constantine sous la domination turque (Recueil de la Société archéologique de Constantine, année 1869, page 477), M. Vayssettes relate que le bey, dans son expédition de 1804, avait avec lui quelques pièces de campagne. Or il est constant qu'après sa défaite, elles ne purent être sauvées et durent rester entre les mains des Kabyles victorieux. De la vallée de l'Oued el-Kebir, où le bey tomba sous leurs coups, ils voulurent sans doute transporter à l'Oued Zhour celle qui a été trouvé à Taden, où elle aura roulé sur la pente qui borde le chemin.

 Le territoire des Djezia et celui des Beni-Ferguen sont peu éloignés du théâtre de la lutte qui s'engagea entre les troupes du bey Osman, plus connu sous le nom d'el-Bey Laouar (le borgne) et les partisans de Si Mohammed el-Boudali ben el-Harech (1) [ note (1) : Je donne ici le nom tel que le prononcent encore les Ouled-Athia. Ben el-Harech qui, comme tous les agitateurs musulmans, se prétendait chérif, c'est-à-dire descendant du prophète, avait dû prendre le nom de Mohammed ben Abdallah, et s'annoncer comme étant le Mehdi, le réformateur musulman dont l'apparition précédera la fin du monde. ]. Le récit de cette lutte et l'exposé de ces causes qui l'avaient provoquée ont été donnés ici même par M. Féraud. (voir la Revue Africaine, tome 13, page 211 et s.)

 Le souvenir de Ben el-Harech s'est conservé chez les Ouled-Athia qui étaient au nombre de ses partisans.

 La première fois que ce personnage parut dans leurs montagnes, il conduisait des prisonniers chrétiens et s'arrêta chez les Ziabra. Un nommé Braham ben Bounour, du village de M'zeta, dans la vallée de l'oued Tizerban, au nord de l'oued Zhour, se rappelle avoir entendu dire à son père, qu'il avait été désigné comme assès (gardien) pour surveiller les prisonniers. Il racontait que ces malheureux souffraient tellement de la faim qu'ils dévoraient avidement des morceaux de courges vertes qu'on leur jetait.

 La seconde fois Ben el-Harech vint chez les Ouled-Athia pour recruter des volontaires et préparer son expédition contre la ville de Constantine, dont il ne réussit pas à s'emparer, bien que de nombreux montagnards, attirés par l'espoir d'un pillage, eussent répondu à son appel. Blessé et poursuivi dans sa fuite, il se réfugia chez les Beni-Ferguen, dans la famille Ben Souilah, dont l'un des membres exerçait encore, il y a quelques années, les fonctions de cheikh. Plus tard, à l'approche du bey, Ben el-Harech, soit qu'il doutât de la fidélité des Beni-Ferguen, soit que leur territoire, malgré sa nature très accidentéé, ne lui parût pas un refuge assez sûr, traversa l'oued Zhour et se sauva au village de Djarrah, dans le douar des Ziabra, où les Ouled-Embarek, fraction des Ouled-Bouhermeg, lui offrirent l'hospitalité.

 Sa nouvelle retraite ne laissait rien à désirer, et il était désormais à l'abri de toute atteinte. D'une part, l'intrépidité reconnue des Ouled-Athia, et leur esprit d'indépendance, le garantissait de toute trahison. En outre, la petite vallée de l'oued Zhour, profondément encaissée entre de hautes montagnes abruptes et couvertes d'épaisses forêts, était à peu près inaccessible aux troupes du bey. En admettant même qu'elles eussent pu y pénétrer en franchissant les rares passages qui coupent la chaîne du Djebel Boubazil, le village de Djarrah, adossé à la montagne sur le versant opposé et entouré de ravins, était très facile à défendre.

 Les Ouled-Athia, s'attribuant naturellement le beau rôle, prétendent que le bey avait semé l'argent dans les tribus pour se faire ouvrir des chemins, et qu'il avait même réussi à corrompre les Beni-Ferguen qui s'étaient engagés à lui livrer le chérif; mais les Ouled-Athia avertis, se rendirent en masse au col qui met en communication le territoire des Beni-Ferguen et celui des Beni-Belaïd, et alors les choses changèrent de face. Après un combat très meutrier, les troupes du bey furent décimées, et lui-même fut tué; son corps fut laissé sur place aux Beni-Belaïd, et sa tête fut porté à Ben el-Harech, à Djarrah, par un nommé Athman ben Amira, des Ouled-Athia.

 Les Ouled-Athia se battirent avec acharnement, et si l'on en croit leurs decendants, ce fut leur intervention énergique qui décida de la victoire. On cite encore dans la tribu les noms de plusieurs des leurs qui périrent en combattant, entre autres un certain Bouarrès ben Dahehar, du village de Tamedda, qui passait pour le guerrier le plus intrépide de la région. Il est vrai que, suivant une autre version, ce même Bouarrès aurait été tué par derrière, dans la mêlée, par un de ses ennemis de la tribu, nommé Ben Abd Errezek; ce qui prouverait que les Ouled-Athia, tout en faisant les affaires de Ben el-Harech, ne négligeaient pas les leurs. Ce qui tendit à accréditer cette version, c'est qu'on trouva sur le cadavre de Bouarrès une bourre de racine de palmier-nain dont les indigènes du pays se servent encore aujourd'hui pour charger leurs armes.

 D'après les indications recueillies par M. Féraud, Ben el-Harech aurait épousé, à Djarrah, une jeune femme d'une très grande beauté. Personne aujourd'hui, aux Ouled-Athia ne se souvient avoir entendu parler de ce mariage. Les indigènes y racontent cependant l'histoire de Ben el-Harech avec une foule de détails si précis, qu'il semble extraordinaire qu'ils aient pu oublier celui-là. D'autre part, tout ce qui touche à leurs généalogies offre pour eux un intérêt de premier ordre, et ils en conservent précieusement le souvenir. Le partage de certaines terres et de la récolte des oliviers qu'ils possèdent en indivision depuis des temps très reculés, s'effectue toujours d'après les ramifications survenues dans la descendance de l'auteur commun. Il est donc permis d'élever quelques doutes sur le prétendu mariage de Ben el-Harech, et de n'y voir qu'une légende qui a peut-être son origine dans la réputation d'immoralité dont les habitants de Djarrah jouissent encore de nos jours.

 Le chérif visita, dit-on, une troisième fois la tribu des Ouled-Athia. Le but de son voyage était de faire une quête qui fut très fructueuse. Mais on prétendit que le nouveau venu n'était qu'un imposteur qui avait pris le nom de Ben el-Harech. Il ne semble pas que cela eût une influence sur l'accueil qu'il recût, puisqu'il fût hébergé par le cheikh des Ouled-Djama, Sad ben Djamâ, et qu'il se rendit de là chez les Ouled-Hamidech; une brillante fantasia fût exécutée en son honneur sur le plateau d'Aguelmam, à la limite des tribus des Ouled-Athia et des Ouichaoua. On y remarqua beaucoup un cavalier du douar d'el-Djenah, nommé Ben Barama (2). [note (2) : El-Djenah est située près de l'embouchure de l'Oued el-Kebir sur la rive gauche, à 25 kilomètres environ au sud-est de Djidjelli ]

 On a qualifié de révolte et d'insurrection la tentative de Si Mohammed El-Boudali ben El-Harech contre Constantine, et le mouvement qui entraina à sa suite des contingents nombreux. Cela paraît inexact en partie. Si l'agitation qui avait pris naissance dès le jour où Ben el-Harech s'était à Djidjelli, s'étendit à plusieurs territoires qui reconnaissaient l'autorité des beys de Constantine, il est certain que beaucoup de ses partisans venaient de diverses tribus qui vivaient dans une complète indépendance. De ce nombre étaient les Ouled-Athia, c'est-à-dire les habitants de tout le versant ouest du djebel Gouffi et de la vallée de l'oued Zhour.

 Dans le voisinage de Collo les seules tribus à peu près soumises étaient celles des Beni-Toufout et des Beni-Ishak. Les premiers, qui forment actuellement les trois douars de Zeggar, el-Ouldja et Beni-Zid, obéissaient en majeure partie à deux cheikhs qui recevaient l'investiture du bey; l'un était membre de la famille Ben Nini dont les descendants ont occupé ou occupent encore diverses fonctions administratives dans le pays; l'autre, Ben Guermous, habitait non loin de l'emplacement du marché qui se tient le jeudi sur le bord de l'oued Aflassen, à deux heures environ au sud de Collo. Les Beni-Ishak, qui composent le douar d'Arb-el-Goufi, avaient pour principale obligation de fournir une sorte de karasta, comme les habitants des environs de Djidjelli; ils apportaient, dans la plaine de l'oued Cherka, des approvisionnements de bois d'oeuvre et de construction que l'on transportait de là à Constantine, en traversant le djebel Guern-Aïcha et le passage de Sidi-Sama, qui sépare les Beni-Toufout des Beni-Salah. En 1830, peu de temps avant la prise d'Alger, ils avaient même dû fournir des pièces de bois de chêne zéens ou de chêne afarès, destinées à être expédiées par mer à Alger, et qui durent être abandonnées à Collo lorsqu'on y apprit l'occupation de cette ville par l'armée française.

 Les autres tribus qui, formant une sorte de presqu'île, se termine par le cap Bougarone, les Ouichaoua, les Ouled-Hamidech et les Ouled-Athia, vivant dans des montagnes presque inaccessibles et très boisées, échappaient à l'action des Turcs; souvent même ils se réunissaient pour tenter un coup de main contre la tranquille population de Collo.

 Une seule fois, dit-on, la garnison (nouba) que les beys entretenaient dans ce port, et qui n'était composée que 40 hommes s'aventura dans le pays et parvint jusqu'aux Ouled-Hamidech. La diffa qui leur fut offerte se ressentit de la pauvreté de ces rudes montagnards; et dans l'un des plats de couscous qu'on leur servit, il se trouva un poulet auquel il manquait une cuisse. L'un des soldats turcs, considérant ce fait comme une injure, exigea qu'on amena devant lui la personne qui avait apporté le poulet : c'était une pauvre femme, veuve et sans parents qui, pour apaiser son enfant qui pleurait, lui avait donné une cuisse du poulet représentant sa part contributive dans la diffa destinée aux Turcs. Ses excuses et ses suppilcations furent très mal acueillies. L'enfant fut amené à son tour et le soldat mécontent, le soulevant par un pied, lui coupa la cuisse d'un coup de sabre. Cet acte de férocité ne tarda pas à être puni. Le soir même, au moment où les soldats achevaient leur repas, le feu qui était allumé au milieu de leur campement s'éteignit tout à coup; et profitant de l'obscurité, les Ouled-Hamidech tombèrent sur eux et les tuèrent tous. Leurs oreilles, réunies en chapelet par une ficelle, furent expédiées à Collo; leurs cadavres restèrent sur place en proie aux bêtes fauves et aux vautours; et aujourd'hui encore l'herbe ne pousse plus à l'endroit où ils furent entassés, à ce qu'affirment du moins les Ouled-Hamidech.

 Cette légende est commune à plusieurs autres tribus, et notamment à celle des Ouled-Arema, de l'Oued-Seguen, au sud-ouest de Constantine.

 

 Avant leur soumission à l'autorité française, les Ouled-Athia étaient administrés, comme les Kabyles, par des chefs qu'ils choisissaient eux-mêmes. Chaque fraction avait son un cheikh qui infligeait des peines d'après des coutumes ou des règlements arrêtés d'un commun accord entre les membres de la fraction. Voici un spécimen de ces règlements, conservé par la famille de Salah ben Sad ben Djamâ qui a été longtemps caïd des Ouled-Athia. Le texte en a été scrupuleusement reproduit d'après l'original.

 

[Texte en arabe dont la traduction suit, telle quelle : ]

 

TRADUCTION

 

"Louange au Dieu unique. Que Dieu répande les bénédictions et le salut sur notre seigneur et maître Mohammed, sur sa famille et sur ses compagnons.

 Les Ouled-Bourebiâ, c'est-à-dire les Ouled-el-Khalfi, ont arrêté d'un commun accord, dans l'intérêt de tous, les règles suivantes :

 

 Si quelqu'un tue injustement un membre de la fraction (litt. son frère), on brûlera sa maison, et ses biens seront confisqués. Ces peines ne s'appliqueront qu'au meurtrier, et on ne pourra inquiéter ni son père, ni son frère, ni son fils ne seront inquiétés, comme il a été déjà dit.

 Quiconque tuera une autre personne que le meurtrier, ou commettra à son égard un acte de violence, paiera cent réaux; sa maison sera brûlée et ses biens confisqués.

 Lorsque les khallaça (litt. les percepteurs chargés d'exécuter les décisions du cheikh), seront envoyés pour recouvrer le montant des condamnations infligées au coupable, les bestiaux qui leur seront remis à ce titre ne devront ni être égorgés, ni détournés, mais seront conduits chez le cheikh Sad ben Djamâ. Si ces prescriptions n'étaient pas observées, et que les bestiaux fussent mis à mort, les khallaça paieraient eux-même le montant des condamnations infligées. Si les bestiaux étaient mis à mort ou détournés par une personne autre que les khallaça, celle-ci aurait à payer une amende.

 Tel est l'accord intervenu entre tous.

 Salut à tous ceux qui liront cet écrit de la part de celui qui l'a rédigé, Mohammed ben Ali el-Hassani, que Dieu lui pardonne ses fautes, corrige ses défauts dans sa bonté souveraine, et lui fasse terminer ses jours dans une soumission complète à sa divine volonté. Amen. 27 ramadhan, de l'an 1260."

 

 La date du 7 ramadhan 1260 de l'hégire correspond au 11 octobre 1844. La ville de Collo avait déjà fait alors sa soumission : les troupes françaises avait eu, l'année précédente (18 avril 1843), un engagement sérieux avec les montagnards parmi lesquels se trouvaient au premier rang les Ouled-Athia; mais elles ne pénétrèrent sur le territoire de cette tribu, à l'ouest du Goufi, que plusieurs années après (juin 1852).

 La traduction qui précède a été faite d'après les indications des habitants du pays qui vivaient à l'époque où les pénalités prévues par ce réglement étaient encore appliquées. Le passage le plus digne de remarque parait être celui qui interdit de tuer une autre personne que le meurtrier; il prouve que la vengeance personnelle était une règle admise, et qu'elle s'étendait souvent aux parents du coupable. On dirait même que le but principal du règlement était de limiter la répression à la personne et aux biens du coupable seul.

 En dehors des peines réservées au meurtre, il en existe d'autres fixées par un usage constant. C'est ainsi que le vol d'un boeuf ou d'une vache était puni par une condamnation pécuniaire de 40 réaux, dont 30 étaient remis au propriétaire et 10 au bechar, c'est-à-dire à celui qui dénonçait le voleur. Le vol donnait lieu au paiement de 10 réaux, dont 8 au propriétaire et 2 au bechar. Le pillage d'un rucher d'abeilles (douira) entrainait une condamnation de 40 réaux. Celui qui pénétrait dans une maison d'habitation pour voler devait remettre à la victime un mulet.

 En outre de la réparation imposée au profit de la victime, ou pour les délits qui n'en comportaient point, le cheikh infligeait des amendes qui étaient perçues soit en nature et réparties entre tous les habitants, soit en argent et conservées par le cheikh pour secourir les voyageurs indigents ou offrir des dons aux personnages religieux qui faisaient des tournées dans le pays.

 La preuve des crimes s'établissait par témoins. A défaut de témoins à charge, l'auteur présumé du crime était tenu, lui et un certain nombre de ses plus proches parents, d'affirmer son innocence par serment solennel prêté dans une mosquée, sur la tombe de quelque personnage vénéré ou devant un marabout. Les parents qui devaient accompagner l'accusé et prêter serment avec lui étaient toujours choisis par la victime, à la seule condition de ne pas désigner un ennemi de l'accusé; leur nombre variait suivant la nature et la gravité du délit : il en fallait 7 pour les vols de chèvres ou brebis, 14 pour les vols de boeufs, 25 pour l'incendie d'une maison, 50 pour un meurtre.

 L'ensemble des personnes appelées à attester par serment l'innocence de l'accusé constituait son akila. (Voir sur ce mot la notice qui accompagne la traduction de Khalil par M. Seignette.)

 La coutume du serment a continué à être suivie même après la conquête du pays : pendant longtemps l'autorité française en a toléré l'usage et en a même fait l'application. Un marabout très renommé dans la contrée, et qui habite encore le douar Ouled-Hamidech, était généralement désigné pour recevoir le serment. Aujourd'hui cette coutume, dépourvue de toute force exécutoire, tend à disparaître complètement, au très grand regret des indigènes qui s'en montraient très satisfaits, et pour lesquels son application constituait une épreuve décisive et souveraine.

 Des usages analogues étaient également suivis dans les tribus voisines des Ouled-Athia. Chez les Soukia, qui font maintenant partie du douar d'el-Ouldja, le coupable participait à la répartition des bestiaux remis par lui à titre d'amende. Dans tout le territoire des Beni-Toufout, la dia, ou prix du sang, imposée au meurtrier était fixée à une valeur de 1.600 fr. qui devait se composer d'une femme, d'un fusil, et pour le surplus de bêtes à cornes.

 Les moeurs des Ouled-Athia se rapprochent en plusieurs points de celles des Kabyles. Un grand nombre des noms de lieux du territoire qu'ils occupent appartiennent du reste, sans erreur possible, à la langue berbère, comme Tizerban, Tamedda, Taoulel, Tassammer, Ktounen, etc. Les habitants indigènes de la ville de Collo qui, avant l'occupation française, étaient souvent en butte aux attaques des tribus environnantes, les désignent encore aujourd'hui par l'appellation de Kabyles. Les Ouled-Athia cependant, pas plus que leurs voisins, ne parlent et ne comprennent pas le berbère : leur dialecte est un arabe très corrompu surtout comme prononciation. Presque tous transforment en ? ïa le ? kaf de certains mots où d'autres tribus le prononcent comme notre g dur; ils disent :

 

 Elïaïd pour elgaïd                    ??????

 Oued Ziyar pour Oued Zeggar         ??? ????

 Beni-Ferien pour Beni-Ferguen     ??? ?????

 

 Ils transforment en t dur, le ? le ? et le ? et prononcent :

 

 Tahr pour Dhahr            ??? dos

 Terou pour Dherou          ??? lentisque

 Metroub pour Medhroub      ????? frappé

 

 Mais la particularité la plus bizarre de leur langage consiste dans l'emploi de la syllabe di pour exprimer le rapport d'annexion entre deux substantifs. On dirait qu'ils ont adopté la préposition italienne qui marque ce même rapport. Ils disent :

 

 Cheikh di Ldjizia, le cheikh des Djezia;

 El oued di Tizerban, la rivière de Tizerban;

 Ezzitoun di louta, les oliviers de la plaine.

 

 Ils se servent aussi quelquefois, dans le même sens, du mot elli :

 

 Oued elli Zeggar, la rivière de Zeggar;

 El khenak elli Tarras, le col de Terras.

 

 Comme les Kabyles et les Chaouïa, ils ajoutent le pronom affixe de la troisième personne à certains mots en rapport d'annexion avec d'autres.

 Au lieu de :

 

??? ?????    khou Amira, le frère d'Amira;

??? ??????  ibn el Kaïd, le fils du caïd;

?? ??????    l’oncle de la femme.

 

 Ils diront :

 

    ??? ?? ?????       khouh di Amira, son frère d'Amira;

 ???? ??? ??????  benô elli elgaïd, son fils du caïd;

??? ?? ??????     ammô di el mera, son oncle de la femme.

 

 Ils emploient également une particule analogue à celle dont se servent les Kabyles devant les noms, dans certaines circonstances. (V. Essai de grammaire kabyle, par M. Hanoteau, page 84). En voici deux exemples :

 

 ??? ??????? ????  had'i d'elmehalla djemlet, voici la colonne réunie;

????? ?????? ???????  halima d'eddeheb d'el rali, Halima est un bijou d'or précieux (chanson populaire).

 

 La corruption du langage est encore plus prononcée chez les Beni-Ferguen, où on prononce le ?  kaf, comme ailleurs le ? kef, et où cette dernière lettre est prononcée tch.

 

 Essèlemou aleïtchoum, ?????? ????? pour esselèmou aleïkoum;

 Bekit,                      ????  pour beqit (je suis resté);

 Betchit,                 ????     pour bekit (j'ai pleuré).

 

 Les Ouled-Athia se prétendent néanmoins d'origine arabe, et se disent même descendants du Prophète, c'est-à-dire, chérifs. Leur ancien caïd Salah ben Sad a conservé soigneusement dans ses papiers la généalogie de sa famille : j'en donne le texte ci-après avec ses incorrections.

 

 [suit le texte en arabe suivi de sa traduction]

 

TRADUCTION

 

 

"Au nom du Dieu clément et miséricordieux. – (J'implore) ton secours, ô (Dieu) généreux. – Que Dieu répande ses bénédictions sur notre seigneur Mohammed. – Généalogie se rattachant au saint, pur, illustre et glorieux Sidi Moussa, habitant le pays de Sahira (petit Sahara), (1) [note : la petite oasis de Sahira, dans laquelle se trouve la mosquée de Sidi Moussa, est située à 40 kil. de Biskra, sur le chemin de cette ville aux Ouled-Djellal ] recopiée à la demande de son fils Mohammed, fils de Salah, fils de Sad, fils de Djamâ, fils de Mohammed, fils d'el-Khalfi, fils d'Amor, fils de Bourebiâ, fils de Djamâ, fils de Braham, fils d'Ali, fils d'Athia, fils de M'hammed, fils d'Athman, fils de Sad, fils de Ranem, fils de Khelifa, fils de Mansour, fils de Zin, fils de Zeïd, fils de Khaled Ennacir, fils de Selem el-Ikhlas, fils d'Abdel-Kerim, fils d'el-Hosseïn, fils de l'imam Ali el-Asakar, fils de l'imam Mohammed el-Mourtadha, fils de l'imam Ali Erridha, fils de Moussa el-Kadhim, fils de Djafar  Essadek, fils de l'imam Mohammed el-Baker, fils de l'imam, fils de l'imam Ali Zin el-Abidin, fils de l'imam el-Hosseïn, fils de Fatima Ezzohra, fille du prophète, que Dieu répande sur lui sa bénédiction et le salut. Voilà ce que nous avons trouvé dans l'original. Dieu est le plus savant. "

 

 

 Il serait plus que téméraire de croire à l'authenticité de cette généalogie; et je dois à la vérité de dire que les Ouled-Athia n'en paraissent pas très convaincus eux-même. Cependant une chanson populaire, composée en l'honneur des chefs de l'insurrection de 1871 dans la région de Djidjelli à el-Milia, tels que Ben Fiala et Boubakra, contient cet appel aux Ouled-Athia : " Courez au combat, guerriers des Ouled-Athia, vous dont les aïeux descendaient du Prophète. " Aussi cette chanson se chante-t'elle encore de nos jours avec une certaine complaisance, même dans les fractions qui nous sont restées fidèles en 1871. Ils ont beau être Kabyles, en avoir conservé les moeurs et le caractère, et ils se moquent bien aujourd'hui de Ben Fiala, et de Boubakra qu'ils ont tué; il ne leur déplaît pas à leur amour-propre de pouvoir, au besoin, revendiquer une origine arabe, de noblesse religieuse,et de redire les prouesses de nos ennemis.

 

D. LUCIANI

Revue Africaine, 33e année, n° 195 (4e trim. 1889), pp. 296-311; Dominique LUCIANI.

Par Nabil Mérimèche - Publié dans : HISTOIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 14:03

Source: Le Commerce et Navigation de l'Algérie

 

[…] Après avoir dépassé la septième pointe du cap Bougiarone, on aperçoit M,ers-el-Zeitoun, le port des Olives, le Zeitounah d’El-Bekri . L’importance commerciale de ce petit port, qui sert au débouché des produits de la riche vallée de l’Oued-Zhour (la rivière fleurie), était autrefois très grande. D’immenses forêts d’oliviers couvrent les diverses chaînes et contre-forts de l’Atlas, et l’huile recueillie par les indigènes, formait au moyen âge une des branches les plus importantes du commerce d’exportation des cantons montagneux de la Kabylie. La grossièreté des procédés de fabrication employés par les Arabes réduisait de beaucoup la quantité d’huile qu’ils obtenaient; mais ces produits étaient encore considérables (1).


Les marchands de la Méditerranée , qui allaient au port des Olives vendre pour de l’huile des draps, des toiles et d’autres objets manufacturés, retiraient de ce commerce d’échange de grands avantages; mais cette huile mal travaillée, d’un goût très âcre et d’une odeur insupportable, ne pouvait être employée que pour la fabrication des savons. Au commencement du dix-septième siècle, les huiles de la Kabylie approvisionnaient en grande partie les savonneries de Marseille. Marsa Saito (Mers-el-Zeitoun) figure sur toutes les anciennes cartes nautiques.

 

Le docteur Shaw pense que Mers-el-Zeitoun a remplacé les Paccianae-Matidiae de l’Itinéraire d’Antonin et de la table de Peutinger , qui, selon Dureau de la Malle , est la même localité que la station Pancharia, dont il est parlé dans Ammien Marcellin ; mais nous croyons qu’il se trompe. Le port des Olives a succédé très probablement à la petite ville d’Iarsath, d’origine phénicienne ou carthaginoise, qui est mentionnée dans les tables de Ptolémée, L’étymologie d’Iarsath (Ir-Zaïth, la ville des Olives) donne une grande vraisemblance à cette synonymie. Il est vrai que le géographe d’Alexandrie place Iarsath à l’ouest d’Igilgili; mais, entre cette dernière ville et le Kollops magnus, il cite une autre bourgade qu’il appelle Asisarath. Ces deux noms se ressemblent beaucoup, et il n’est pas impossible que les copistes du savant géographe aient fait de la même ville deux localités distinctes. Selon nous, cette hypothèse est très admissible; on rencontre dans les tables de Ptolémée de fréquents exemples de semblables répétitions.

L a baie de Mers-el-Zeitoun ( Oued Z'hor) , protégée à l’est par des terres élevées, offre aux navires de commerce un abri convenable : le fond est bon et le mouillage très sûr, lorsque les vents d’ouest ne souffl ent pas. La ville est située sur la rive droite de la Zhour , dont on aperçoit l’étroite vallée au fond de la baie. Quelques ruines, qui indiquent sans doute l’ancien emplacement d’Iarsath , se dressent isolées sur la rive gauche.

 

 

 

 

A quelques milles à l’ouest du port des Olives, on trouve l’embouchure d’une rivière, qui était connue des géographes grecs et romains sous le nom d’Ampsaga . C’est l’Oued-el-Kebîr (la grande rivière) de la géographie moderne, et les Arabes, en lui donnant ce nom, lui ont conservé à peu près son ancienne étymologie. Suivant Bochart, Ampsaga vient d’un mot phénicien qui signifie rivière large (2) . Ce fleuve, qui formait la limite occidentale de la Numidie , est célèbre dans l’histoire de l’Afrique romaine,

 

Au moyen âge, les pécheurs de corail du cap Bougiarone visitaient souvent cette partie du littoral, où ils trouvaient facilement à faire de l’eau et du bois. Les criques nombreuses et profondes qui découpent la côte remplie d’escarpements, leur permettaient de descendre à terre sans crainte d’être aperçus par les indigènes.

 

Après avoir dépassé l’embouchure de l’Oued-el-Kebir, on découvre une montagne isolée qui se termine à la mer par des falaises. De ce point jusqu’à Djidjel, la côte, presque droite, est formée en grande partie par des plages ; çà et là on remarque quelques vallons boisés, où se montrent des maisons blanches parmi les touffes d’oliviers sauvages.



 

 

Sous la domination romaine, Igilgili, communiquant par deux grandes voies avec Saldæ, Cirtha et Sitifi, avait quelque célébrité. C’était un marché central pour les petites peuplades éparpillées dans l’intérieur, qui venaient s’y approvisionner des marchandises européennes, importées par les Juifs de Césarée et d’Hippone. Dans la Notice de l’église de Mauritanie,

Igilgili est mentionnée au nombre des villes qui avaient un évêque.

 

 

 

Au moyen âge, l’ancienne colonie romaine n’avait rien perdu de son importance comme place maritime et commerciale. Les géographes de l’époque en parlent avantageusement. « Les habitants de Djidjel, disent-ils, sont très sociables, amis des marchands et pleins de bonne foi dans leurs transactions. Ils s’adonnent presque tous à l’agriculture, quoique le sol qu’ils cultivent soit ingrat et ne produise guère que de l’orge, du chanvre et du lin. Les montagnes voisines, couvertes de magnifiques arbres fruitiers, leur fournissent en abondance des noix et des figues qu’ils transportent à Tunis.

 

 

Ils entretiennent aussi avec les étrangers un grand commerce de cuirs, de cire et de miel. La ville possède deux ports: l’un, au midi, d’un abord difficile et où l’on n’entre jamais sans pilote; l’autre au nord, appelé Mers-Chara, parfaitement sûr, mais qui ne peut recevoir qu’un petit nombre de navires.»

 

 

 

En 1142, les Normands de Sicile se rendirent maîtres de Djidjel. Edrisi raconte que toute la population se réfugia dans les montagnes, où elle construisit un fort. Pendant l’hiver, elle revenait habiter la côte ; mais, au retour de la belle saison, à l’approche de la flotte sicilienne, elle se retirait de nouveau dans l’intérieur du pays. Cela n’empêchait pas je commerce

de prospérer. Les Kabyles se battaient pendant un jour ou deux et venaient échanger le lendemain, avec une extrême confiance, leurs produits agricoles et industriels contre les marchandises normandes.

 

Les Pisans, établis à Bougie, succédèrent aux Siciliens , et, pendant plus d’un demi-siècle, Djidjel fournit aux négociants de Pise une grande partie des cuirs crus qu’ils employaient dans leurs nombreuses tanneries. Attirés par les avantages que leur faisaient les marchands

italiens, les Arabes de l’intérieur apportaient à Djidjel leurs meilleurs produits; mais bientôt la concurrence des Génois, les navigateurs les plus actifs du moyen âge, que les Pisans rencontraient partout dans les marchés de l’Orient, porta un coup fatal au commerce très lucratif que ces derniers faisaient à Djidjel. Les Génois occupèrent ce point de la côte,dont ils se réservèrent à peu près le commerce exclusif.

 

 

L’histoire ne dit pas à quelle époque ni de quelle manière eut lieu cette occupation. Il est probable que les Génois obtinrent du roi de Bougie l’autorisation de fonder un comptoir à Djidjel et qu’ils s’y établirent si bien, qu’il devint plus tard impossible de les en chasser : ils étaient d’ailleurs coutumiers du fait. Tronci raconte qu’en 1283, un navire marchand

de Pise fut capturé par les Génois dans le port de Djidjel (in Zizari ); ce qui semblerait indiquer qu’ils étaient déjà en possession de cette ville .

 

 

 

On trouve aussi dans une ancienne trêve des rois d’Aragon avec les souverains de Bougie, de l’an 1309, une clause particulière relative à cette occupation de Djidjel par les Génois. « Les gens d’Aragon, dit ce traité, auront à Bougie et dans les autres villes du royaume les fondes qu’ils y avaient anciennement et les privilèges dont jouissent les Génois, à l’exception de la franchise que ceux-ci ont à Djidjel, ville de la côte.» Deux siècles plus tard, ils étaient encore les maîtres de cette position avantageuse, lorsque le fameux corsaire Baba Aroudj s’en empara (1514). Les habitants qui avaient sans doute à se plaindre des Génois, avaient eux-mêmes appelé les Turcs. Aroudj assiégea le château où la garnison s’était retirée, et l’emporta dans un assaut. Six cents Génois furent réduits en servitude, et un butin considérable fut partagé entre les soldats et les indigènes.

 

Cet événement n’eut aucun résultat fâcheux pour le commerce de Djidjel, et son port continua d’être fréquenté par les marchands européens. Les Génois eux-mêmes ne craignirent pas de s’y montrer de nouveau; mais les négociants de Marseille, au rapport de Gramaye, y faisaient à cette époque les meilleures affaires; ils en tiraient principalement de la cire et des cuirs. L’expédition du duc de Beaufort, en 1664, mit un terme à cette prospérité commerciale.

 

La ville de Djidjel est bâtie sur une pointe de terre qui se prolonge vers le nord. Le port, qui ressemble à celui de Tripoli de Barbarie, est défendu contre les vents d’ouest par la presqu’île; mais, du côté du large, il n’est qu’imparfaitement couvert par une ligne de rochers. Cette chaîne d’îlots, longue à peu prés de deux cent trente mètres, court vers l’est parallèlement à la côte. Pendant la belle saison, elle suffit pour protéger le port contre la puissance destructive des vagues; mais, dans les gros temps, la mer, se précipitant avec la plus grande violence entre les rochers et entraînant avec elle des pierres mouvantes, ne permet pas aux navires de séjourner dans la rade.

 

 

 

Au nord-ouest de la presqu’île, on remarque une crique assez profonde avec une plage commode; son ouverture est formée par quelques rochers. Ce petit port est le Mers-Chara des géographes arabes . Il sert aujourd’hui de chantier de construction(3). « La position de l’atterrage de Djidjel, dit le baron Baude, lui donne une grande importance. On n’est pas obligé d’aller le chercher, comme ceux de Bougie et de Stora, au fond des baies où les caprices des vents mettent continuellement en défaut la vigilance des navigateurs.

 

 

 

Placé sur un des saillants de la côte, il est sur le passage des vents réguliers du large, et les bâtiments y trouvent un abri, sans presque se détourner de leur route.» Ce furent sans doute ces qualités de l’atterrage de Djidjel, ainsi que son voisinage de Constantine, qui déterminèrent, en 1664, la préférence de Louis XIV, lorsqu’il décida de poursuivre jusqu’en Afrique les corsaires barbaresques.

 

 

--------

(1). « Les Kabyles, dit Desfontaines, se contentent d’écraser les olives sur une pierre

plate, en faisant rouler dessus un tronçon de colonne ou quelque autre corps pesant de forme

 

 

cylindrique; ils mettent le marc dans de grandes jarres remplies d’eau, puis en le comprimant

 

 

avec les mains, ils en expriment le plus d’huile possible et la ramassent sur la surface de l’eau

 

 

où elle surnage. Mais une si légère compression n’en saurait faire sortir qu’une assez petite

 

 

quantité, et, de plus, ils perdent toute celle qui est miscible à l’eau.» Les mêmes procédés sont

 

 

encore en usage parmi les Arabes.

(2)

Ampsaga, arabicè Aphsach., latum et amplum sonat .

 

 

 

 

(3). Les habitants de Djidjel avaient autrefois la réputation méritée d’être d’excellents

 

 

constructeurs de navires, en même temps que des marins très. habiles. Les embarcations

 

 

qui sortent de ce port sont encore admirées aujourd’hui pour leur élégance et

 

 

leur solidité .

La synonymie de Djidjel est facile à établir. La cité arabe occupe l’emplacement de l’ancienne Igilgili, qui fut d’abord une colonie marchande des Carthaginois et qui devint ensuite une ville romaine. Quoiqu’il soit assez difficile de faire coïncider les distances que l’on trouve mentionnées dans Ptolémée et dans l’itinéraire d’Antonin entre Bougie et Djidjel, il n’est pas possible de contester la synonymie antique de cette dernière localité. Sa position, relativement au promontoire Audon (cap Cavallo), et la ressemblance du nom ancien et du nom moderne ne laissent aucune incertitude à cet égard. Au rapport de Pline, l’empereur Auguste y avait fondé une colonie ; elle figure en effet avec cette qualification dans les itinéraires de l’époque.

Par Nabil Mérimèche - Publié dans : HISTOIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /Mars /2009 20:28

Tribus du Cercle de Djidjelli (1866)

 

 

Source : Bulletin officiel du gouvernement général de l'Algérie source jijel.info 

DU 1er MARS 1866

Par Nabil Mérimèche - Publié dans : HISTOIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /Mars /2009 20:26

Les Tribus du Cercle de Djidjelli 1851.

 

 

 

Extrait du Journal Officiel de 1851 portant sur la réorganisation des Tribus du cercle de Djidjelli après la compagne militaire du Général St-Arnaud, 1851.

 



Source:jijel.info

Par Nabil Mérimèche - Publié dans : HISTOIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés