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BLOG EL MILIA DZ

Histoire de la tribu de Kotama 2ème Partie

25 Mars 2009, 18:53pm

Publié par Nabil Mérimèche

Disparition des Kotamas.

Voir la Première Partie

Déplacements considérables éprouvés par la Tribu Kotama

Toutes les révolutions qui se sont accomplies en Afrique ont amené des déplacements assez considérables de population, surtout dans les nations berbères, qui y avaient pris la principale part ou qui en avaient profité.

Il en fut ainsi de la révolution des Fatimites et de la nation des Ketâma. Il parait que jusqu’à cette époque leur territoire ne comprenait pas Sétif; c’est dans le cours de la guerre qu’ils se rendirent maîtres de cette ville, dont ils restèrent possesseurs depuis cette époque, après en avoir renversé les murailles, probablement la deuxième enceinte(2 ).

Un assez grand nombre d’emplois furent donnés à des Ketâma. Un personnage de cette tribu obtint le gouvernement d’Adjedabia, oasis(3 ) située au sud de Barka, un autre celui de Gabès(4 ), et cette dernière charge demeura héréditaire dans sa famille. Ce fut encore un Ketâmi qui eut la perception générale des impôts(5 ).

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2 Ibid. P. 534.
3 Kaïrouâni, p. 107
4 Id. ibid. — Bekri, p. 462.
5 Ibid.

Obeïd-Allah envoya pour gouverner la Sicile un des principaux chefs de la tribu des Ketâma, nommé El-H’acen-ebn-abi-Khanzir(1 ).

Les déplacements les plus considérables qu’éprouva la tribu des Ketâma eurent lieu par suite des expéditions entreprises par Obeïd-Allah et ses successeurs. Quelques années aprèsl’avènement du Mohdi, une révolte éclata en Sicile contre le gouverneur ketâmi qu’il y avait envoyé. Obeïd-Allah dirigea aussitôt sur cette Ile, pour la pacifier et l’occuper, une armée de Ketâma (2 ).

La conquête de l’Égypte, qui fut l’événement le plus remarquable arrivé sous la dynastie des Obeïdites, enleva aussi au territoire de cette tribu un grand nombre de ses habitants. Cardonne attribue au fondateur même de cette dynastie l’initiative de cette vaste entreprise(3 ). Suivant cet auteur, dès l’an 300 de l’hégire (912), il y envoya trois armées, qui furent repoussées.

Enfin une quatrième réussit à s’emparer d’Alexandrie. Il est probable, quoique l’histoire n’en fasse pas mention explicitement, que les Ketâma entrèrent en grand nombre dans la composition de ces armées. En effet, Bekri rapporte que de son temps on voyait encore à Ternout’, gros bourg situé sur les bords du Nil, beaucoup de ruines provenant d’édifices démolis par les Ketâma, lorsqu’ils campèrent en ce lieu sous la conduite d’Abou-el-Kâcem, fils d’Obeïd-Allah.

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1 Ebn-Khaldoun, traduit par M. N. Desvergers, p. 159.
2 Ibid. p. 160.
3 Cardonne, t. II, p, 63.


La dernière partie de cette assertion me parait inexacte, ou au moins obscure. Le règne d’Abou-el-Kâcem fut trop continuellement agité par l’insurrection d’Abou-Iezîd pour qu’il ait été possible à ce prince d’entreprendre en personne une expédition aussi lointaine. Selon toute apparence, l’indication de Bekri(1) se rapporte à l’une des expéditions entreprises sous le règne d’Obeïd-Allah, et dirigées probablement par son fils, qui devait être plus tard son successeur.

L’insurrection dont je viens de parler éclata dans les premières années du règne d’Abou-el-Kâcem. Elle ne dura pas moins de trente ans et faillit emporter la dynastie naissante. Elle avait pour chef un certain Abou-Iezîd, Zenâti d’origine, et tirait son principal appui de la tribu des Zenâta, bien que la plupart des autres lui envoyassent leurs contingents ; car les Ketâma et les S’enhâdja avaient seuls mis leurs bras au service des Obeïdites.

Les troupes qui furent opposées à l’insurrection se composaient surtout de Ketâma ; aussi en périt-il un grand nombre dans cette guerre. Nous pensons, au reste, que ces décimations pouvaient bien entrer dans la politique des khalifes, qui cherchaient ainsi à se débarrasser de ces auxiliaires turbulents et indisciplinés. L’année 350 offre un nouveau témoignage de l’insociabilité de ces Berbers.
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1 Bekri, p. 443

Parmi les personnages qui gouvernèrent la Sicile vers cette époque figure un certain Iaïch : « Cet émir, dit Ebn-Khaldoun, ne se montra pas à la hauteur de sa mission et demeura inhabile à réprimer les dissensions qui avaient éclaté entre les Ketâma et les Kabyles(1 ). « Sous le nom de Kabyles, l’auteur arabe comprend sans doute tous les Berbers des autres tribus, et principalement des S’enhâdja, qui participaient à l’occupation de la Sicile avec les Ketâma.

Vers cette époque, le khalife Moezz-lid-Dîn ordonna les préparatifs d’une expédition pour achever la conquête de l’Égypte, commencée sous Obeïd-Allah. Ce fut encore dans le pays des Ketâma qu’eurent lieu les principales levées de troupes(2). En 358, le kaïd Djohai se mettait en marche vers l’Égypte à la tête d’une armée formidable, composée en grande partie de Ketâma, c’est-à-dire de Berbers appartenant au massif de Bougie, Djidjeli, Kollo et Philippeville, et de Zouïliens ou gens de Zouïla , oasis du grand désert au sud de Tri-poli(3). De cette émigration de Ketâma, il est probable que bien peu revinrent au pays.

En 361, la conquête de l’Égypte était achevée, et Moezz-lid-Dîn abandonnait pour jamais le Maghreb, laissant entre les mains d’un S’enhâdji le gouvernement de cette contrée. Que devinrent les Ketâma ? Tout nous porte à croire qu’ils protestèrent contre le choix de Moezz-lid-Din et contre l’élévation au pouvoir de leurs anciens alliés, les S’enhâdja.
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1 Ebn-Khaldoun, traduit par M. N. Desvergers, p. I72.
2 Kaïrouâni, p. 108.
3 Id. ibid.


Cela résulte d’ailleurs de la mention suivante, que nous trouvons dans El-Kaïrouâni, sous l’année 367 de l’hégire : « C’est en cette année que le pays de Ketâma fut soumis et qu’on y perçut les contributions(1). » Il y eut donc, à la suite de l’avènement des émirs zeïrides, une rupture violente entre les S’enhâdja, devenus souverains du Maghreb, et les Ketâma exclus du pouvoir. La guerre qui s’ensuivit dut avoir pour résultat l’extermination d’un grand nombre de ces derniers.

 

Dispersion et dépérissement de cette tribu

Un autre événement, qui arriva quarante ans après, dut contribuer encore à l’affaiblissement des Ketâma.

La doctrine immorale et impie de l’ismaélisme, apportée dans le Maghreb central par Abou-Abdallah, n’y avait pas fait, selon toute apparence, un grand nombre de prosélytes ; dès les premiers jours de l’apostolat, on voit une tribu de Ketâma, voisine du foyer de l’insurrection, s’élever contre les prétentions d’Abou-Abdallah. Ne serait-ce pas d’ailleurs faire injure à la conscience humaine, que de la croire accessible à des doctrines de cette nature ? Les conversions durent se concentrer dans un cercle étroit autour de leur point de départ. Bientôt aux conversions succédèrent les soumissions, et la conquête à l’apostolat ; la plus grande partie du Maghreb dut subir le joug des nouveaux maîtres, sans pour cela adopter leur dogme.

Un certain nombre de tribus tomba dans le chiisme pur et crut à l’arrivée du Mohdi ; enfin un petit noyau d’adeptes, groupés autour du point de départ de la prédication, adopta seul la morale et le dogme ismaéliques.
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1 Kaïrouâni, p. 133.



Rapprochement entre mœurs des Kotamas et celles des tribus qui occupent Aujourd’hui le même territoire

Ces conjectures trouvent une justification remarquable dans la situation actuelle de la contrée qui fut le quartier général de la prédication et de l’insurrection fatimites. Les moeurs si étranges, attribuées par Édrici aux Ketâma, existent encore dans les tribus kabyles qui entourent les Beni-Slimân, chez les Guifsar , les Beni-Khâteb , les Beni-Khiar , et cerapprochement, joint à l’autorité de la synonymie, nous confirme dans l’opinion que cette vallée, dite des Gens de bien , appartenait au pays des Beni-Slimân actuels, et que la montagne d’où partit la révolution fatimite était ou le Djebel-Djoua ou le Kendirou.

Les S’enhâdja, qui avaient prêté un concours si utile aux premiers Obeïdites, surtout dans la guerre contre Abou-Iezid, le Jugurtha de ce temps-là, n’avaient pas, pour leur part, à ce qu’il semble, embrassé le chiisme ; car en 408, sous le règne de Moezz-ben-Badis, et pendant la minorité de ce prince, ses ministres résolurent le massacre de tous les Chiites, c’est-à-dire de tous ceux qui refusaient de reconnaître Abou-Bekr, Omar et Otman, et n’acceptaient que la descendance directe de Mahomet par Ali et Fat’ma. Cette Saint-Barthélemy africaine fut aussi inexorable que devait l’être plus tard celle de 1572. Les malheureux compris dans l’arrêt de proscription cherchèrent vainement un asile dans les Mosquées : ils furent impitoyablement massacrés, sans distinction d’âge ni de sexe(1).

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1 Cordonne, t. II, p. 107. Kaïrouanî, p. 138.

La proscription dut atteindre surtout les Ketâma. chez lesquels le chiisme était le plus répandu, à raison de la part qu’ils avaient prise aux succès d’Abou-Abd-Allah et à l’avènement du Mohdi. Il est certain qu’à dater de ce moment ils ne reparaissent plus dans l’histoire.

Disparition des Ketamas .

Cinquante-deux ans après, en 460, Bekri les mentionne comme appartenant à la tribu des Mas’moud’a. Près d’un siècle plus tard, Édrici signale l’étrangeté de leurs moeurs ; mais il constate l’état d’affaiblissement et de décadence où ils se trouvent; il ne restait plus alors, en effet, que quatre mille individus de cette nation qui, presque à elle seule, avait conquis aux khalifes fatimites le Maghreb et l’Égypte.

La turbulence de ce peuple, sa participation constante à tous les désordres qui agitaient le Maghreb, leur adhésion aux impiétés de l’ismaélisme, leurs moeurs, qui répugnaient à la conscience des peuples, avaient fini par appeler sur le nom de Ketâma la réprobation et le mépris de tous les hommes. C’est pour cela que, vers le milieu du VIe siècle de l’hégire, il ne restait plus que quatre mille personnes comprises sous ce nom ; car tel est le sens qu’il faut attacher à l’assertion d’Édrici.

Aujourd’hui, le nom des Ketâma a entièrement disparu de l’Afrique septentrionale ; il y a même plus de trois siècles qu’il n’en est plus question. Parmi des milliers de peuplades, groupes, tribus, fractions, dont j’ai recueilli les noms dans les États barbaresques, je n’en ai pas trouvé un seul qui porte ce nom ou qui le rappelle.

Quant au peuple lui-même, il n’a pas disparu ; les peuples ne disparaissent pas ainsi; au contraire, la présence des Beni-Slîmân et des Msâlta sur les lieux mêmes qu’ils habitaient autrefois prouverait que, si les Ketâma ont été fréquemment affaiblis par de larges saignées comme celles qui résultent de l’incorporation dans les armées et de la participation à des expéditions ou à des occupations lointaines, leurs tribus, du moins, n’ont pas éprouvé de grands déplacements.

Aussi retrouvons-nous aujourd’hui le même peuple, moins son nom, dans le massif montagneux qui fut son berceau : entre Bougie et Bône, nous retrouvons le peuple des Ketâma, avec ses instincts d’indiscipline plutôt que d’indépendance, avec la misère, fruit de ses désordres et de ses malheurs, avec des nuances tantôt de sang arabe, tantôt de sang berbère étranger.

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