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BLOG EL MILIA DZ

Histoire de la tribu de Kotama 1ère Partie

25 Mars 2009, 18:58pm

Publié par Nabil Mérimèche

Ketâma. (Première Partie)

La tribu des Ketâma occupe une place importante dans l’histoire de la Berbérie au moyen âge; elle est aussi une des premières qui aient disparu. Au commencement du Xe siècle, elle fut le principal instrument de l’élévation des Fatimites. Au milieu du XIIe siècle, elle était déjà sur le point de s’éteindre. Au XVIe siècle, elle avait entièrement disparu, ou du moins son nom avait été effacé sur le sol du Maghreb.

Situation Géographique

Voici les diverses positions dans lesquelles les auteurs arabes signalent la présence des Ketâma, durant le XIe et le XIIe siècle :
Au XIe siècle , ils occupaient Constantine, bien que la population de cette ville fût un mélange d’autres tribus, de celles qui habitaient Mila, Nifzaoua et Kastilia (Tôzer)(1). Dans le même temps, ils habitaient une ville de Mers-ez-Zedjadj, située sur la côte de la Kabylie , entre Dellis et Bougie, à l’ouest des Benou-Djennâd(2).

Au XIIe siècle , leur territoire s’étendait depuis les environs de Sétif jusqu’au delà des tribus de Kollo et de Bône(3). Dans les environs. de Sétif, ils habitaient une montagne appelée Atekdjân(4). On les retrouvait encore avec les Mzâta, à moitié chemin entre Tifêch et Msîla, ce qui correspond aux environs de Mîla(5).
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1 Bekri, p. 516.
2 Ibid. p. 518, 5i9.
3 Édrici, p. 246.
4 Ibid.
5 Ibid. p. 272
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En dehors de ce groupement, qui est à la fois le plus considérable en étendue et le plus ancien en date, Édrici signale un autre établissement de Ketâma qui, de son temps, existait dans l’Ouarensenîs(3 ). Ils s’y trouvaient avec d’autres tribus, parmi lesquelles Édrici comprend les Zouaoua.

Or Ebn-Khaldoun classe les Zouaoua sous la dépendance des Ketâma(4). Ainsi la réunion des Zouaoua et des Ketâma forme un nouveau centre de population d’origine ketâma, transplanté dans les montagnes de l’Ouarensenîs, à l’ouest du gisement originel de la tribu.
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1 Ebn-Khaldoun, traduit par M. N. Desvergers, p. 67.
2 Ibid. p. 147.
3 Édrici, p. 231.
4 Nouv. Journ. asiat. t. II, p. 126.
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De l’ensemble de ces témoignages il résulte que la tribu des Ketàma occupait :

1°/ Dès l’origine de la domination musulmane, la partie du massif méditerranéen comprise entre le méridien de Sétif et celui de Bône ;

2°/ Au XIIe siècle, une partie du massif de l’Ouarensenîs.

L’histoire représente les Ketâma comme une tribu remuante, indisciplinée et dissolue. Aussi les gouvernements africains, même celui qui lui dut son avènement, saisirent-ils avec empressement toutes les occasions de les éloigner et de les disperser.

Durant les guerres des Almoravides et des Almohades dans la péninsule, des milliers de Ketâma passèrent en Espagne. L’armée que le khalife obeïdite Moezz-lid-Dîn envoya en Égypte était en grande partie composée de Ketâma. Au XIIIe siècle, on voyait encore, sur les bords du Nil, beaucoup de ruines provenant des édifices démolis par les guerriers de cette tribu.

Les documents que l’histoire nous a conservés sur la participation des Ketâma aux mouvements qui agitèrent l’Afrique durant le moyen âge prouvent combien, dans l’appréciation du génie et du caractère berbère, il faut tenir compte des différences profondes qui existent entre les différents peuples de cette race, et qui se sont perpétuées jusqu’à nos jours, ainsi que je le ferai voir, lorsque je traiterai l’époque actuelle.

Ils Apparaissent pour la première fois en 765

C’est vers l’an 148 de l’hégire (765) que les Ketâma paraissent pour la première fois en nom dans l’histoire . A cette époque, le gouverneur de l’Afrique, Ebn-el-Achât , venait d’être chassé par les Arabes, qui, de leur côté, donnaient fréquemment aux Africains l’exemple de l’indiscipline ; à la place d’Ebn-el-Achât, le khalife avait nommé El-Aghlâb-ben-Sâlem, gouverneur de Tobna et du Zâb.

A peine s’était-il installé à Kaïrouân, qu’un certain Abou-Kara-el-lar’arni se souleva à la tête d’un parti de Berbers. El-Aghlâb se porta à sa rencontre et le mit en fuite ; mais, au moment de le poursuivre, ses troupes lui refusèrent l’obéissance et entrèrent en révolte ouverte(1).

 

 

 



La dynastie des Fatimites est aussi connue sous le nom d’Ismaélites. Elle appartenait à la secte des Chiites, née en Orient dès les premiers temps de l’islamisme, et qui ne reconnaissait, pour successeurs légitimes de Mahomet, que ses descendants en ligne directe, par Ali, son gendre, et sa fille Fâtma.

A leur postérité seule appartient l’imâmat, c’està-dire le gouvernement spirituel et temporel du monde musulman. Ali est le premier des imâms. Le dernier, qui est maître de la fin des temps, doit paraître un jour avec Jésus-Christ et le prophète Élie, pour combattre l’Antéchrist et réunir en une seule la loi chrétienne et la loi musulmane. Il porte le nom d’El-Mohdi.

Tel est le fondement sur lequel repose le chiisme; mais les Chiites ne sont pas d’accord sur le nombre des imâms. La secte des Imâmis, qui est celle des Persans, en reconnaît douze. Suivant eux, le douzième, né en 255, à Sermenraï, fut enfermé à l’âge de neuf ans dans une citerne, où il est resté vivant depuis cette époque,
pour en sortir à la fin du monde et assister, avec le prophète Elie, à la résurrection de Jésus-Christ.

La secte des Ismaélis n’admet que sept imâms, qu’ils appellent les imams cachés, parce qu’ils furent obligés de se tenir cachés pour se soustraire aux persécutions des Abbassides. Le septième était Abdallah, nommé aussi Ah’med, père du Mohdi qui fonda la dynastie des Fatimites.

C’est donc à l’école des Ismaélis que cette dynastie appartenait .

 

 

 

 

Ce ne fut, pendant longtemps, qu’une branche ordinaire du chiisme; mais vers l’an 250 de l’hégire, le chef des Ismaélis, nommé Abdallah, entreprit de réunir et de coordonner tous les principes de sa secte. Il en forma un corps de doctrine mystique aboutissant au matérialisme et à l’abolition de tous les préceptes religieux, qu’il réduisit à de simples allégories.

L’enseignement fut habilement divisé en sept degrés, qui amenaient progressivement le néophyte à s’affranchir de toute obligation religieuse, à ne plus reconnaître ni l’existence de Dieu ni aucune règle de morale ; à n’attendre plus ni châtiments ni récompenses après cette vie, et à devenir enfin un vrai zendiki ou matérialiste.

Cette doctrine, qui a donné naissance à la secte des Druzes, fut enseignée dans le Maghreb au moment de l’élévation des Fatimites ou Ismaélites. Elle dut s’introduire plus particulièrement et pénétrer plus profondément dans la tribu des Ketâma, qui furent leurs premiers partisans(1).

Abdallah se rendit célèbre par sa science et son zèle pour la propagation du chiisme. Il avait établi sa résidence à Ahwaz ; mais la persécution des Abbassides le força de quitter cette ville ; il se retira d’abord à Bosra, puis à Salamia en Syrie.

 

C’est là qu’il eut un fils connu dans l’histoire sous le pseudonyme d’Obeïd-Allah, quoique son véritable nom fait Saïd, et qui fut le Mohdi. Au moment où il parut, la doctrine des Ismaélis avait déjà fait de grands progrès. Elle les devait surtout au prosélytisme actif des da’ï ou missionnaires envoyés par Abdallah et par ses successeurs dans les différentes provinces musulmanes, où ils initiaient les peuples à la doctrine nouvelle et les entretenaient dans l’attente du Mohdi.

Abou-A’bd Allah emissaire du Meh’di chez les Kotamas


Le plus fervent de ces da’ï, nommé Ebn-H’aoucheb, annonçait déjà la venue du Mohdi comme prochaine, et exhortait le peuple à se soumettre à lui. Une prophétie, que l’on faisait remonter à Mahomet, contribuait au succès de ces prédications. Elle portait qu’au bout de 300 ans le soleil se lèverait du côté du couchant ; or on était à l’année 278 de l’hégire, et la fin du IIIe siècle approchait.

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(1) Cette doctrine a été exposée, d’après Makrizi et Nowairi , dans l’introduction de la religion des Druzes, par M. Sylvestre de Sacy, auquel nous empruntons la plupart des détails qui précédent et qui suivent.
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Abdalah se rendit d’abord à la Mecque , où il se mit à la recherche des pèlerins ketâma. Il lia connaissance avec eux, leur raconta beaucoup de choses qu’ils ignoraient, et captiva leur attention. Ils s’informèrent du but de son voyage. Il leur répondit qu’il allait en Égypte, et, comme ils devaient suivre la même route, ils lui offrirent de voyager avec eux.

 

 

 

Le Massif des Beni-Slimane est le point de départ des soulèvements fatimides



Enfin les voyageurs atteignirent le pays des Ketâma vers le milieu de rebî-el-aouel 280 (mai 893). Là ce fut encore à qui le posséderait ; mais Abdallah les mit d’accord en leur demandant où était la vallée des Gens de bien . Cette question les étonna beaucoup, car c’était une localité dont ils ne lui avaient jamais parlé.

Ils répondirent qu’elle se trouvait dans le territoire des Beni-Slimân . — « Eh bien, dit Abdallah, c’est là que je dois aller d’abord, et je reviendrai ensuite vous visiter. » Puis il les quitta et se dirigea vers la montagne d’Atekdjân , qui renferme la vallée des Gens de bien (1).

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(1) Il n’est pas sans intérêt de rechercher quel a été le point de départ de cette grande révolution, qui prit naissance au centre de l’Algérie, et eut pour principal auxiliaire la population des montagnes comprises entre Bougie et Bône.

Il est hors de doute que la montagne appelée
Aïkedjân par Ebn-Khaldoun, Atekdjân ou Abekdjân par Édrici, Ankedjân par M. Sylvestre de Sacy d’après Makrizi et Nowaïri, fut le quartier général d’Abou-Abdallab. Dans cette montagne se trouvait une vallée, dite des Gens de bien
, mentionnée par Nowaïri et par M. Sylvestre de Sacy.

Cette vallée se trouvait elle-même dans le territoire des Beni-Slîmân . Elle devait être située dans le voisinage de la tribu des Msâlta, appartenant aux Ketâma, et qui fut une des premières â repousser les prétentions d’Abou-Abdallah.

Ces indications, rapprochées de celles que fournit la géographie actuelle, permettent de fixer approximativement le point de départ de la révolution fatimite
.

La tribu des Beni-Slimân est une des plus considérables de la Kabylie. Elle occupe, comme on sait, le haut massif qui porte son nom et dont les principaux contreforts, le Kendirou et le Bou-Andas , dominent le golfe de Bougie.

Elle a pour voisine la tribu des Msâlta, comptée aujourd’hui comme arabe, bien que son nom et sa contiguïté au massif kabyle lui assignent une origine berbère. Sa résistance même à l’invasion des doctrines ismaélites, et le concours que son chef prêta à l’émir aghlabite et à la cause arabe qu’il représentait, expliquent l’infusion qui s’opéra en elle, de la langue et du sang arabe.

 

 

 

 

Il est vrai que les renseignements fournis par Édrici sembleraient placer le quartier général d’Abou-Abdallah plus près de Sétif. « Près de Sétif, dit-il, est une montagne appelée Atekdjân [ou Abekdjân] habitée par les Ketâma. On y voit une citadelle qui appartenait autrefois aux Beni-H’ammâd ; près de là, vers l’ouest, est la montagne de Haloua, distante d’une journée et demie de Bougie. »

Il est impossible de discuter des renseignements aussi vagues : ainsi, que signifient ces mots : Près de Sétif, près de là ? L’extrémité du territoire actuel des Beni-Slîmân se trouve à une journée et demie de Bougie, et à peu prés à la même distance de Sétif. On ne peut donc rien induire du témoignage d’Édrici, et il reste celui d’Ebn-Khaldoun relatif à la tribu des Msâlta, et celui de M. Sylvestre de Sacy qui, d’après Makrizi et Nowaïri, place la vallée des Gens de bien et la montagne d’Abékdjân, d’Anekdjân, d’Atekdjân ou d’Aïkdjân dans le territoire des Beni-Slimân.

D’après ces considérations, nous assignons pour point de départ, à la révolution fatimite accomplie par les Ketâma, le massif montagneux des Beni-Slîmân qui domine le fond du golfe de Bougie.

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Le nom d’Abdallah, ou, comme on l’appelait, du Mcherki (l’homme de l’Orient), se répandit avec la rapidité de l’éclair dans toutes les tribus du Maghreb. De tous côtés on accourait pour le voir; les Berbers surtout venaient en foule lui apporter leur soumission.

Plusieurs tribus, qui essayèrent de lui résister, furent réduites par les armes. Les Ketâma eux-mêmes n’étaient pas unanimes dans leur adhésion. Au nombre des tribus Ketâma qui protestèrent contre son autorité furent les Msâlta, dont le chef, vaincu par Abou-Abdallah, se retira auprès de l’émir aghlabite Abou-el-Abbâs et ne cessa d’exciter ce prince à le combattre.

 

 

 

 

 

C’était sous le règne d’Ibrahim, son prédécesseur, qu’Abou-Abdallah avait commencé ses prédications. Ce prince, informé de ses démarches, avait demandé des renseignements au gouverneur de Mila ; mais celui-ci lui avait représenté Abou-Abdallah comme un homme peu dangereux. Cependant son parti grossissait tous les jours. Sous le règne d’Abou-el-Abbâs, il se rendit maître de Tazrout (1) et de Mîla. Alors seulement l’émir se décida à envoyer des troupes contre lui. Un premier engagement ne fut pas favorable à Abou-Abdallah, et il dut se replier sur son quartier général d’Atekdjân; mais bientôt après il prit sa revanche et obtint sur les troupes aghlabites un avantage décisif.

Abou-Abdallah, qui jusqu’alors n’avait pas encore prononcé le nom du Mohdi, profita de cette occasion pour rompre le silence, et il annonça hautement son avènement prochain. En même temps il dépêchait à Obeïd-Allah quelques Ketâma dont il était sûr, pour l’informer du succès qu’il venait d’obtenir et l’engager à se rendre dans le Maghreb, où il était attendu.

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(1)
Le nom de Tazrout est assez commun dans la géographie berbère. C’est la forme féminine d’azrou qui signifie rocher. Je crois que la localité dont il s’agit ici est le Tazrout situé sur une montagne près d’Ain-Seggân, une des sources du Roumel. On y voit encore les ruines bien conservées d’une ancienne forteresse.


A Suivre...

 

Chemin faisant, il les interrogea sur le pays qu’ils habitaient, sur leurs tribus, sur leur manière de vivre et sur leurs relations avec le sultan de l’Afrique. Les Ketâma lui apprirent qu’ils ne reconnaissaient pas le sultan de l’Afrique pour leur maître ; qu’il y avait une distance de dix journées de marche entre leur pays et le siège de son autorité. Il s’informa d’eux s’ils portaient les armes; ils répondirent que c’était leur métier.

 

Arrivés en Égypte, ils lui proposèrent de venir avec eux dans leur pays, ce qu’il accepta. En approchant, ils rencontrèrent d’autres Chiites, auxquels ils racontèrent. Loin ce qu’ils savaient d’Abdallah. Ceux-ci, à leur tour, voulurent le posséder; on fut sur le point d’en venir aux mains; cependant on convint de s’en remettre au sort.

Ebn-H’aoucheb, après avoir fait de nombreux prosélytes dans l’Irak et dans l’Iemen, jugea que le moment était venu de diriger ses efforts vers le Maghreb. Il y envoya donc deux da’ï, qui allèrent s’établir dans le pays des Ketâma, l’un à Modmadjenna , l’autre à Souk-Hamar . Après quelques années de séjour, pendant lesquelles ils surent captiver l’affection de leurs hôtes, ils moururent tous deux presque en même temps .

 

Ebn-H’aoucheb apprit à Aden la mort de ses deux émissaires. Il désigna pour les remplacer et continuer les prédications dans le Maghreb un Chiï fervent, nommé Abou-Abdallah-H’aceïn , qui était venu se fixer auprès de lui.

Cette sédition intestine avait pour instigateur et pour chef un général arabe, lieutenant d’ El -Aghlâb , nommé H’acen-el-Kendi . Le gouverneur, à la tête des troupes restées fidèles, essaya de tenir tête à l’orage; mais il fut tué dans un combat. Ses troupes nommèrent à sa place un autre chef, qui se mit en devoir de combattre H’acen. C’est alors que celui-ci, quoique Arabe de naissance, se réfugia dans le pays des Ketâma, et l’historien Ebn-Khaldoun ajoute que le gouverneur n’osa pas l’y poursuivre(2).

Cet événement avait lieu en 150 de l’hégire, un siècle après l’entrée des Arabes, et l’on voit qu’à cette époque le massif montagneux qui borde la Méditerranée dans l’étendue de la province de Constantine était encore indépendant de l’autorité arabe.
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1 Ebn-Khaldoun, traduit par M. N. Desvergers, p. 59.
2 Ibid. p. 60.

 

 

 

En 891, ils aident Obeïd-Allah à renverser la dynastie Arabe des Aghlabites.


En 278 de l’hégire, ils étaient tombés sous la dépendance des gens de Bellezma, qui les prenaient comme serviteurs et comme esclaves, et leur imposaient des tributs onéreux. Ils réclamèrent contre ce joug auprès de l’émir aghlabite Ibrahim-ben-Ah’med, qui les en affranchit par un procédé conforme aux habitudes des Arabes. Il attira à Rekkâda, où il résidait, un grand nombre d’habitants de Bellezma et les fit égorger(1).

 

Cette révolution était à la fois religieuse et politique, comme devaient l’être plus tard celle des Almoravides et celle des Almohades ; mais elle en différait essentiellement en ce que ces deux dernières rappelaient à l’observation plus rigoureuse des préceptes et des pratiques de la loi musulmane, tandis que les doctrines fatimites altéraient profondément le culte et la morale, et réduisaient le dogme à des allégories(2).
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1 Nowaïri, traduit par M. N. Desvergers, p. 129.
2 Exposé de la religion des Druzes, par S. de Sacy, dans l’introduction.
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C’est sous l’influence de cette doctrine, dont les Ketâma favorisèrent la propagation, que s’introduisit chez eux cette étrange dépravation de moeurs, signalée et flétrie par Édrici deux siècles et demi plus tard, et observée encore de nos jours dans plusieurs des tribus établies sur le territoire qu’ils ont occupé.

Comme cette révolution se lie étroitement à l’histoire de la tribu qui fait le sujet de cette notice, nous allons en exposer, aussi brièvement que possible, l’origine et les principaux incidents.

Ce guet-apens, dont l’histoire de la domination arabe en Afrique offre plus d’un exemple, reçut bientôt la récompense qu’il méritait. Quelques années après, la révolution qui renversa la dynastie des Aghlabites, pour élever à leur place les khalifes fatimites, partait du pays même des Ketâma et s’accomplissait par les bras de ces Berbers.

Quatre années après, en 154 de l’hégire, à la suite d’une insurrection générale des peuples berbères, un chef de cette nation, nommé Abou-H’atem , se trouvait, par suite de la conclusion d’un traité avec les Arabes et de divers avantages remportés sur eux, Maître de Kaïrouân et de tout le Maghreb oriental. Il apprend qu’un nouveau gouverneur, envoyé par le khalife, s’avance contre lui. Abou H’atem se porte à sa rencontre dans la direction de Tripoli, laissant le gouvernement de Kaïrouân à Omar-el-Fahri, Arabe de naissance. Pendant l’absence du chef berbère, la garnison de Kaïrouân se révolte. Abou-H’atem revient alors sur ses pas; mais, à son approche, les révoltés sortent de Kaïrouân et se réfugient à Djidjeli , ou ils sont accueillis par les Ketâman(1).

Abou-H’atem reprend alors sa marche vers Tripoli, afin d’arrêter le nouveau gouverneur Iezîd, qui arrivait avec d’autres troupes. Un combat s’engage dans les gorges du Djebel-Nfous. Abou-H’atem y périt ; l’armée berbère est dispersée et Iezîd entre dans Kaïrouân(2).
Il est à remarquer que plusieurs Arabes de distinction avaient pris parti pour les rebelles. Parmi eux se trouvait le fils d’un ancien gouverneur de l’Afrique, ‘Abder-Rah’mân-ben-H’abib. La victoire d’Iezîd l’obligea de fuir, et ce fut encore chez les Ketâma qu’il se réfugia. Iezîd envoya des troupes à sa poursuite et fit cerner la tribu qui l’avait accueilli. Les troupes arabes eurent l’avantage sur les Ketâma, et ‘Abd-er-Rah’mân prit de nouveau la fuite.

 

Après ce dernier épisode, il s’écoule plus d’un siècle sans que le nom des Ketâma se présente à nous.
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1 Ebn-Khaldoun, traduit par M. N. Desvergers, p. 67.
2 Ibid.
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Dès l’année 154 de l’hégire (771), ils possédaient la ville de Djidjeli , et vraisemblablement le territoire de cette ville(1).
Dans les premières années du Xe siècle, la tribu des Msâlta est indiquée par Ebn-Khaldoun comme habitant non loin de Sétif et comme faisant partie des Ketâma. Nous retrouvons encore aujourd’hui la même tribu dans le massif du Guergour, à l’est de la Kabylie , où elle paraît occuper le même territoire qu’autrefois( 2 ).

L’ensemble de ces indications de temps et d’espace prouve que, dès l’ouverture de la période arabe, les Ketâma occupaient tout le massif des montagnes qui forment aujourd’hui le littoral de Bougie , Djidjeli , de Kollo et de Philippeville .

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HAMOUDA 10/06/2009 12:08

YA SI MRIMECHE ANTA RAK MNA MILIA WACHE DAKHLAK FI KOTAMA
LES VRAIS KOTAMAS SONT DJIMLA BNI AZIZ FERJIOUA